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Attention, traversée de socialistes affligés

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Ca n’a pas pu vous échapper : la France compte un nouveau club politique depuis hier. Il sera officiellement lancé le 7 juin, mais son manifeste tant attendu a été publié en ce début de semaine. Ce sont les “socialistes affligés” qui déboulent à toute vitesse, et se proposent de dire enfin la vérité, aux socialistes, et plus largement à toute la gauche.

Emmenés par le député européen sortant Liêm Hoang-Ngoc, membre du Bureau National du PS, et par Philippe Marlière, professeur de sciences politiques, ancien encarté socialiste, ce club est composé de "socialistes et de socio-démocrates”. Il se propose de dire tout le mal qu’il pense de la politique de l’offre assumée par François Hollande, et annonce qu’il récuse farouchement les orientations politiques qui président à la mise en place du pacte de responsabilité en France.

En clair, il fustige le positionnement actuel du Parti Socialiste qui porte en germe, selon lui, de nouvelles défaites électorales à venir. Peut-être un prochain 21 avril. Et pourquoi pas, la mort du Parti Socialiste en 2017. Tout cela étant d’autant plus gênant que, soulignent les signataires du manifeste, ces choix politiques d’obédience centriste, “n’ont été délibérés dans aucune instance de notre parti, et a fortiori dans aucun congrès”...

Comme si trente ans après 1983, il fallait encore leur faire un dessin, aux socialistes affligés. Comme si, ce que Pierre Mauroy appelait une parenthèse s’était refermée un jour. Comme si Manuel Valls n’était pas premier ministre, aujourd’hui. Comme s'il était encore temps de découvrir que le PS a changé, qu’il a muté, qu’il a dérivé.

Dans un essai paru la semaine dernière chez Textuel, “Gauche : l’avenir d’une désillusion”, le sociologue Eric Fassin fait le constat d’un positionnement de François Hollande, finalement dans la lignée, dans la continuité, de Nicolas Sarkozy : au nom d’un revendiqué réalisme économique, la politique de gauche n’est plus une alternative, écrit Eric Fassin, mais une variante. “Le socialisme de gouvernement ne fait plus dans la transformation, mais dans le simple aménagement”. Comme si “There is no alternative.”

C’est une droitisation, dont le PS prend largement sa part, et dont on pouvait voir clairement les signes, par exemple, en juin 2012, au moment des législatives en Grèce, pendant lesquelles le tout nouveau président français avait soutenu le PASOK en déshérence, allié à la droite, contre Syriza, le parti de la gauche. De manière générale, pour Eric Fassin, en France, tandis que "l’UMP recule en se rapprochant du Front National", "le PS avance vers l’UMP."

Et s’il fallait une nouvelle preuve de ce phénomène, on l’a depuis hier : parce que même les socio-démocrates revendiqués du club des socialistes affligés, commencent à le remarquer, et à s'en inquiéter. C'est dire.

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