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Chacun pour soi, et tous pourris

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"Chacun pour soi, et tous pourris". C’est un peu la morale de cette semaine. Chacun pour soi : c’est d’abord ce qu’ont exprimé les électeurs qui ont voté dimanche dernier, et qui ont placé le Front National en tête, à l’occasion des élections européennes. Pour sortir de la crise, pour faire baisser le chômage, et trouver des solutions, on sera mieux entre nous, sans l’Europe, sans les autres. Surtout, sans les immigrés.

Chacun pour soi, c’est aussi bien sûr le message de tous ces abstentionnistes, membres du véritable “premier parti de France”, qui se désintéressent finalement des décisions collectives, du moins en ce qui concerne l’Europe. Oui, ils s’en moquent totalement, on peut le dire d’autant plus clairement désormais, que pour la toute première fois dimanche, le vote blanc était comptabilisé à part, et donc, reconnu : pour d'excuse pour ne pas aller voter. Mais le “blanc” n’a pas atteint les 3%, et personne n’en a parlé.

Chacun pour soi, c’est surtout le message qu’envoie la jeunesse de ce pays, qui s’est abstenue à 75%, et qui hier, s’est aussi visiblement abstenue en masse, d’aller manifester contre le Front National, qu’elle a par ailleurs placé en tête : les cortèges, au total, n’ont rassemblé que 10.000 personnes, soit bien moins qu’au lendemain du 21 avril 2002. Ou bien moins qu’une petite manif pour tous.

Mais il ne faut pas que ça nous surprenne : c’est là qu’arrive le : “tous pourris”, qui résonne si bien avec la rhétorique anti-système de l’extrême droite. Car voilà comment la jeunesse perçoit la classe politique de ce pays : “tous pourris”. Ce n’est pas une surprise, ce n’est pas nouveau. L’an dernier encore, une grande enquête sociologique, relayée par de nombreux médias, montrait que 86% des 18-34 ans ne font que peu, ou pas du tout confiance aux politiques. C'est François Hollande qui aurait dû se méfier. Lui qui avait fait campagne pour la jeunesse, ou plutôt sur la jeunesse, en s’auto-proclamant “président des jeunes”. Il avait obtenu la confiance de 57% des nouveaux électeurs. Visiblement, depuis, il les a déçus. Beaucoup se sentent même trahis, et ne croient plus en la promesse, qu'il avait faite, de vivre mieux en 2017.

Alors, chacun pour soi, et tous pourris. Dans un contexte de “relâchement général vis-à-vis de l’extrême droite”, comme l’explique le politologue Thomas Guénolé, ce matin dans le Parisien, dans cette “dérive accélérée de l’espace médiatique et intellectuel vers des thématiques réactionnaires” que décrivent les sociologues Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, dans Libération, il faut bien admettre que quelque chose est en train de se passer, dans ce pays. Quelque chose que Yannick Noah et Benjamin Biolay réunis ne pourront pas contrer, même en publiant des chansons gratuites sur internet.

Vous vous souvenez peut-être d’un groupe qui s’appelait les Berruriers Noirs. Et bien manifestement, “La jeunesse n’emmerde plus le Front National”.

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