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De l'entropie en politique

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Rien ne va plus dans notre système politique. Tout marche à l’envers, plus rien n’est vraiment rationnel. Dans la dernière livraison du baromètre Ipsos-Le Point publiée hier, le Président de la République recueille 78% d’opinions défavorables. C’est un nouveau record, et le hasard du calendrier va faire qu’aujourd’hui ce mécontentement persistant prendra une certaine matérialité dans la rue : les fonctionnaires sont appelés à la grève, et ceux-là même qui constituaient jadis une importante base électorale du Parti Socialiste, vont exprimer leur défiance à l’égard d’une majorité que beaucoup d’entre eux ont pourtant porté au pouvoir.

Mais le contradictoire ne s’arrête pas là. Si on observe de plus près ce “baromètre de l’action politique” d’Ipsos, on constate que Manuel Valls est touché, lui aussi, par la disgrâce (fortement : 5 points de jugements défavorables), alors même que le Premier Ministre était jusqu’à maintenant le chouchou des sondages, et que rien de ce qu’il a entrepris, à Matignon, n’a encore eu le moindre effet. Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau, surtout en temps de crise : il ne fait pas bon être au pouvoir, et l’opposition s’en tire toujours mieux. Mais voir Nicolas Sarkozy à la 7ème place du “palmarès des leaders politiques”, avec 46% d’opinion favorables, avouez qu’il y a quand même de quoi tomber du tapis rouge.

Bertrand Delanoé (qui est en vacances), est n°2 du classement, juste devant Jean-Louis Borlo (absent) et Christine Lagarde (lointaine). Rama Yade est 8ème !!! Comme si la boussole était cassée.

Et alors, l’action politique, s’en trouve du même coup bouleversée. François Hollande, pour tenter de remonter la pente, se lance dans une réforme territoriale dont il ne voulait pas entendre parler il y a 3 semaines. Il décide de baisser les impôts des plus modestes, auxquels il ne voulait pas toucher il y a 3 mois. Et on le sent encore hésiter à demander un délai supplémentaire à l’Europe, pour le retour aux 3% de déficit.

Ségolène Royal elle, à peine arrivée au gouvernement, s’épanche dans Paris Match, pour jouer une partition solo dont on ne voit pas très bien où elle va la mener. Bref, tout est sans dessus dessous dans ce monde politique en crise. Et les réactions de ses acteurs sont de plus en plus incohérentes.

Si le grand physicien Etienne Klein n’était pas en face de moi dans ce studio, je me risquerais à introduire ici la notion d’entropie en politique. C’est comme si on assistait à une lente, mais certaine désorganisation du système, qQui ne réagit plus rationnellement.

Tiens, prenons encore deux enquêtes d’opinion, parues hier, sur les élections européennes : pour TNS-Sofres-Sopra, 56% des sondés se disent intéressés par les européennes, les enjeux, le scrutin. Mais dans la même enquête, 46% déclarent ne pas connaître Martin Schulz et Jean-Claude Juncker. Encore une : pour Ipsos : seuls 24% des sondés pensent que c’est une mauvaise chose que la France soit dans l’Europe, mais dans la même enquête, c’est le Front National qui arrive en tête des intentions de vote.

Ce qui pourrait nous entraîner vers la théorie du chaos, dont Etienne Klein vous parlerait mieux que moi.

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