LE DIRECT

Décentralisons l'imagination

2 min
À retrouver dans l'émission

Le projet de simplification administrative tel qu’il est présenté pour l’instant en ce qui concerne l’échelon des régions, donne le curieux sentiment qu'une nouvelle fois, comme c’est le cas si souvent en matière économique, c’est le modèle allemand qui nous obnubile, qui nous fascine. Et qu’il faudrait absolument copier !

Passer de 22 à une quinzaine de grandes régions, comme en Allemagne, où elles sont 16. Leur donner des compétences très étendues. Les doter d’un pouvoir réglementaire. Affaiblir ou supprimer les départements. Toutes les annonces qui ont été faites jusqu’à maintenant, mises bout à bout, contribueraient presque à dessiner une carte de France administrative qui serait divisée en länder. La comparaison a d’ailleurs été tentée ici ou là, mais voilà, c'est une comparaison qui ne mène nulle part.

Car comme en matière économique, comme en matière politique, la France administrative n’est pas l’Allemagne, et on n'arrivera par à reproduire en laboratoire quelque chose qui pourrait ressembler à la décentralisation allemande, produit d’une histoire particulière. Pas plus d’ailleurs qu’on n’arriverait à faire des autonomies, comme en Espagne. Personne n’y pense, et c’est tant mieux.

Non, il vaut mieux continuer à tenter de faire notre décentralisation, comme le Danemark a fait la sienne avec succès il y a quelques années, en ne copiant sur personne, mais en fonction de ses spécificités, et en renforçant les communes. Il faut inventer, et négocier. Imaginer et expérimenter. Même si la tâche est ingrate, et le chantier complexe.

Et en premier lieu, il faut arrêter les effets d’annonce, qui pétrifient tout le monde, les élus locaux et leurs administrés. Avant hier, Thierry Mandon, le député chargé de la simplification, annonce la suppression possible de 7 régions : le lendemain, la presse régionale s’enflamme. Hier matin, le Premier Ministre relance l’idée de supprimer les départements de la petite couronne parisienne : on ne peut pas dire que ça ait mis sur les rails un débat serein. Ce matin dans la presse, Jean-François Copé demande la suppression de tous les départements, et les mêmes causes produiront les mêmes effets.

On voudrait, à Paris, ne pas réussir à entrer dans la négociation qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Parce que c’est bien d’une négociation qu’il s’agit. Avec des territoires qui ne sont pas que des boulets. Avec des élus locaux, qui ne sont pas que des barons. Accessoirement avec des habitants, qui ne sont pas qu’une masse d’allocataires, ou pire : de mauvais électeurs, lors des référendums, comme en Alsace.

Récemment, ce qui s’est passé à Lyon, avec la fusion partielle décidée entre la Métropole à naître et le département du Rhône, fourni un bon exemple de ce qu’il est possible de faire, au delà des clivages partisans d’ailleurs, quand les idées viennent localement, et qu’elles sont adaptées aux réalités du terrain. Il faudra s’en inspirer. Mais il faudra aussi garder la possibilité de faire autrement ailleurs, de trouver et d’appliquer d’autres méthodes. Parce que si la France n’est pas l’Allemagne, la région Toulousaine n’est pas la Normandie, et le grand Marseille n’a rien à voir avec l’Auvergne.

Bref, il faut de la cohérence bien sûr, et pour le coup, le gouvernement en a manqué dans ce dossier. Mais il faut aussi arrêter avec une certaine forme de décentralisation à la jacobine.

L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......