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François Hollande s'en va-t-en guerre affronter Angela Merkel en Allemagne, par Stéphane Robert

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A première vue, l'invitation qu'a lancé Angela Merkel à François Hollande, aujourd'hui et demain, en Allemagne, a tout ce qu'il y a de plus déférent. Elle a invité le président français dans son fief électoral, à Stralsund, sur les bords de la Baltique. Honneur qu'elle n'avait fait jusqu'ici qu'à Georges Bush en 2006 et Jean-Claude Junker en 2012.Et les conseillers de la chancelière ont même prévu une promenade en bateau. Mais le choix d'Angela Merkel est peut-être moins amical, moins innocent qu'il n'en a l'air. Car Stralsund, c'est chez elle. Elle y est élue sans discontinué depuis 1990. Et elle est acclamée quand elle s'y promène. Alors que lui, François Hollande, est sifflé quand il se promène à Carmaux, la cité de Jean Jaurès. symboliquement c'est violent. Elle montre qu'elle est à la tête d'une Allemagne fleurissante qui domine l'Europe, alors que lui dirige une France à la traîne, empêtrée dans ses difficultés.Pour autant, François Hollande semble ne pas vouloir s'en laisser compter. La tribune qu'il a fait publier par le journal « Le Monde » daté d'aujourd'hui, tribune intitulée « l'Europe que je veux », n'a rien d'innocente elle non plus. Il y vante les mérites de la construction européenne, de la paix qu'elle a installé durablement, et dénonce les forces montantes de l'euroscepticisme qui veulent la défaire, citant Mitterand : « le nationalisme, c'est la guerre ».

Si elle ne s'adressait qu'aux électeurs français, cette tribune pourrait paraître maladroite, voire contreproductif compte tenu de l'impopularité du chef de l'Etat. Mais ce qu'il faut y lire, c'est en bas, tout en bas : « Pour la première fois, dit-il, les électeurs désigneront le futur président de la Commission européenne. Combien le savent aujourd'hui ? » …

Par cette phrase, François Hollande entérine le fait que pour lui, c'est bien l'un des cinq candidats choisis par les groupes politiques du parlement européen qui présidera la commission européenne. Il ne l'avait jamais fait jusqu'ici.Et c'est une réponse à Angela Merkel qui, fin 2013, avait laissé entendre que ce ne serait peut être pas le cas. Que ce serait peut être un autre candidat que désignerait le Conseil Européen, autrement dit un candidat à la main des chefs d'Etat, à sa main à elle, puisque c'est elle qui fait la loi.

Et donc, avec cette phrase, il part en guerre, François Hollande. Cest comme s'il lui disait : « maintenant ça suffit, Angela. On va la construire cette Europe politique. Que tu le veuilles ou non. On n'a plus le choix !"Et son nouveau premier ministre, Manuel Valls, lui a préparé le terrain, en déclarant le week-end que l'euro était trop fort, ce qui a profondément irrité Berlin...Le président, en tous cas, "n'a rien à perdre". C'est ce qu'il a dit à Jean Jacques Bourdin en début de semaine sur BFM TV. Si rien ne change, il ne pourra pas se représenter en 2017. Et c'est peut-être ça, sa force aujourd'hui...En France, il a décidé de mettre en œuvre son programme à marche forcée : réduction des déficits publics, pacte de responsabilité, réforme des collectivités. Ca passe ou ça casse !Aurait-il décidé que pour l'Europe, c'est pareil ? ça passe ou ça casse ? Seulement de quelle Europe parle-t-il ? Une Europe plus intégrée ? avec moins de pouvoirs aux Etats ? Ou seulement d'une Europe un peu moins allemande ? un peu plus française ? Si c'est seulement ça, il n'aura pas beaucoup d'alliés parmi les autres chefs d'Etat pour construire "l'Europe qu'il veut". Et ses rodomontades ne pèseront pas bien lourd face à la dame de fer de l'Union Européenne…

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