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Les extrêmes ne se rejoignent pas toujours

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À l'approche des élections du 25 mai, il est de plus en plus fréquent de voir comparés les positionnements de la gauche radicale, et de l'extrême-droite sur l'avenir de l'Union Européenne, et de ses institutions. "Front de gauche, Front national : bonnet blanc, et blanc bonnet" : c'est, bien sûr, totalement absurde.

Ce phénomène étonnant trouve sa source dans une certaine forme de populisme que partagent, il est vrai, les chefs de file français de ces familles politiques : Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Il y a aussi en commun entre eux un refus farouche de l'austérité, et une approche souverainiste. Mais quand il s'agit de lutter contre la directive sur le détachement des travailleurs européens par exemple, Le Pen et Mélenchon ne le font : ni pour les mêmes raisons, ni avec les mêmes idées sous-jacentes. Par ailleurs, leur positionnement marketing "en marge du système" ne doit pas tromper, ou induire en erreur : voter ‘gauche radicale’ ou ‘extrême-droite’ aux europeennes n'aura pas du tout la même signification.

Pour bien comprendre qui est qui, il faut se référer aux personnalités et aux candidats européens des parties en présence. Ça éclaire utilement : à l'extrême-droite d'abord, les choses ont le mérite d'être limpides : il n'y a pas de candidat commun à la présidence de la commission européenne. Il a été jugé inutile de se mettre d'accord, et ça n'aurait d'ailleurs certainement pas été possible. Les partis d'extrême droite, du Vlaams Belang belge jusqu'au Parti National Slovaque, en passant par la Ligue du Nord italienne n'ont pour point commun que leur rejet viscéral de l'Europe, la nostalgie des nations (voire des empires), la peur de l'autre, et le repli identitaire. Le seul objectif de “l’alliance européenne des libertés” finalement, c'est la constitution d'un groupe au Parlement européen.

De manière générale, et c'est particulièrement le cas au Front National, les programmes des euro-sceptiques d'extrême-droite ne peuvent se comprendre qu'en tant que programmes... nationaux, sans aucune vision, ni aucune perspective communautaire. En France, les propositions de Marine Le Pen, pour ces élections, sont franco-centrées.

Il en va va tout autrement de la gauche radicale, qui en appelle à une “Europe des peuples solidaires”. Le candidat désigné du Parti de la Gauche européenne à la présidence de la commission, le jeune député grec Alexis Tsipras, préconise un New Deal, comme celui qui a redressé le continent à la fin de la guerre, la fin des mesures d'austérité, et un effacement de la dette au dessus de 110% du PIB. Mais tout ça, justement pour pouvoir continuer la construction européenne, avec un autre modèle, sur d'autres bases.

Là où il a changé, Alexis Tsipras, et c’est une autre différence avec l’extrême droite, c’est qu’il n’est plus aussi farouche, ces dernières semaines, sur la sortie de l’Euro : il n’en fait plus un dogme. Et puis, il faut aussi remarquer qu’il n’exclue pas un accord avec le PSE, le Parti Socialiste Européen emmené par Martin Schultz, après les élections, pour faire basculer la commission à gauche.

Voilà. Les extrêmes ne se rejoignent pas, en Europe… Et il y arrive aussi que la raison l'emporte sur la passion.

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