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Mais que diable allait-il faire au Vatican ?

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Manuel Valls se rendra dimanche au Vatican, pour assister en tant que Premier Ministre de la France, à la canonisation de, non pas un, mais deux papes : Jean XXIII et Jean-Paul II, ce qui a déjà l’avantage de lui éviter un prochain déplacement. C’est ce qui s’appelle faire d’un Saint-Pierre, deux coups. Ca lui est beaucoup reproché, à Manuel Valls.

A gauche d’abord, où on s’étrangle en voyant le chef d’un gouvernement “progressiste” enfreindre tous les principes de séparation de l’église et de l’état. "C’est contraire aux principes républicains”, tonne par exemple le député chevènementiste Jean-Luc Laurent. A droite aussi, où on dénonce un certain opportunisme politique. Et où on se délecte de rappeler combien le Parti Socialiste avait critiqué la venue de François Fillon, à Rome, à l’occasion de la béatification de Jean-Paul II. C’est vrai qu’à l’époque, en 2011, le PS avait jugé ce déplacement “particulièrement choquant”. Claude Bartolone disant même “ne pas reconnaître" la France, la République, dans cette affaire.

Alors, que va-t-il faire à Rome, Manuel Valls ? Quel intérêt pour lui, de se mettre à dos la quasi-totalité de la classe politique, et de s’afficher aux côtés de Bernadette Chirac, dans le carré VIP, devant la basilique Saint-Pierre ? Est-ce pour retrouver la confiance des catholiques, comme on peut le lire un peu partout ? Une façon de se racheter à bon compte un minimum de crédit auprès d’un électorat chamboulé depuis le mariage pour tous ? On peut très sincèrement en doute : un effet polémique n'est pas un effet politique. Après tout, ce qui va se passer dimanche n’est pas très important, et sera vite oublié : ce n’est pas ça qui va changer la face de la majorité.

Est-ce par conviction ? Non plus, puisque Manuel Valls n’est pas croyant. On apprend d’ailleurs dans la biographie qui lui est consacrée par Jacques Hennen et Gilles Verdez “Les secrets d’un destin” (Editions du Moment), qu’il a perdu la foi juste après s’être confessé, un jour à l’âge de 18 ans, à Saint-Jacques de Compostelle, ce qui est quand même un comble. Du coup, il n’attend pas non plus que le pape actuel, François, fasse un miracle pour lui.

Non. Simplement, Manuel Valls veut montrer qu’il reste Manuel Valls. Toujours à l’étroit, toujours en mouvement. Grand prêtre de la communication, le Premier Ministre veut simplement signifier qu’il voit plus loin que le pacte de responsabilité, et qu’il peut aller partout. Il le fait avec son style habituel : là où on ne l’attend pas : “Il se construit dans la provocation systématique”, explique un autre de ses biographes, David Revault d’Allones. Il est passé maître dans l’art du contre pied, c’est la “stratégie de la distinction”, qui lui a tant profité ces dernières années. Casser les codes, et les images.

Non seulement, Manuel Valls a perdu la foi à Saint-Jacques de Compostelle. Mais il se permet en plus d’être iconoclaste jusqu'au Vatican.

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