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Marché de l'emploi, plus c'est souple et plus c'est dur. Par Frédéric Métézeau

2 min
À retrouver dans l'émission

Un chiffre du ministère du Travail est tombé hier soir, celui de la proportion de CDD en France. Vous savez, la France ce pays tâtillon, vérouillé, sclérosé... Au 4ème trimestre de 2013, 83,7% des entrées dans l'emploi se sont faites en contrat à durée déterminée. Et pourtant, le chômage a continué d'augmenter pour atteindre un record en mars dernier, bref : plus le marché de l'emploi est souple, plus il est dur. Nous voici donc à près de 84% des embauches en CDD contre 70% avant l'éclatement de la crise en 2008, dans un pays où, nous expliquent certains chefs d'entreprises et certains élus, il serait si difficile d'embaucher car il serait si dur de licencier. Comme si faciliter le divorce encourageait au mariage !

Aujourd'hui 1er mai, ce chiffre doit faire réfléchir les syndicats qui doivent faire un pas vers ces salariés au statut précaire. Car pour l'instant, les syndicats défendent avant tout et attirent surtout les CDI, les titulaires, ceux qui sont installés durablement dans l'entreprise, qui ont eu le temps d'appréhender leurs devoirs et leurs droits, ceux qui n'ont pas peur de se retrouver chômeurs à la fin de la semaine même s'ils se sont acquités de leur devoir. En revanche, comment se mobiliser efficacement pour le collègue qui passe ? Celui ou celle dont on ne connaît ni le nom ni l'histoire ? Comment cette personne pourrait-elle facilement aller voir le délégué du personnel voire manifester ou faire grève sans se dire "le chef ne va pas aimer et ne me renouvellera pas". Les syndiqués qui défileront tout à l'heure devront donc avoir cette donnée en tête : comment mieux protéger les CDI tout en fédérant les CDD ?

Mais cette question est aussi celle des politiques. L'esprit du pacte de responsabilité consiste à alléger les cotisations et donner plus de souplesse aux entreprises en échange de contreparties et notamment d'embauches. Bien sûr, il y aura toujours besoin de CDD, pour des surcroîts d'activité, des absences à remplacer comme les congés maladies ou les congés maternités. Mais quand l'exception devient la norme et quand le discours ambiant pousse à généraliser l'exception, le gouvernement devrait y regarder à deux fois avant d'aller plus loin dans une flexi-sécurité très "flexi" et très peu "sécurité".

François Hollande, Manuel Valls et tous les autres ne doivent pas l'oublier, eux aussi sont en CDD.

Frédéric Métézeau

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