LE DIRECT

Merci Schengen, et à la prochaine !

2 min
À retrouver dans l'émission

En politique, il est des sujets jetables, des polémiques qu’on provoque à l’occasion d’une campagne électorale : on les prend, on les use jusqu’à la corde, on les jette, et on n’en parle plus ensuite, jusqu’à la prochaine fois. C’est ainsi que le faux débat que nous venons d’avoir sur Schengen ces dernières semaines, reviendra dans cinq ans, aux prochaines élections européennes, et sûrement aussi, à la faveur d’une campagne nationale.

Et d’ici là, il ne se passera rien. Les accords de Schengen ne seront pas remis en cause, on le sait déjà. Pas uniquement parce que là dessus, les deux candidats à la présidence de la commission proposés des deux grands partis européens, Schulz et Juncker sont d’accord, non. Surtout parce que tout le monde sait que ce serait stratégiquement inopportun, et techniquement beaucoup trop compliqué de sortir de Schengen. Comment imaginer réinstaller en France, même temporairement, suffisamment de policiers et de douaniers, le long de la frontière italienne ? Au pied des Pyrénées ?

François Fillon lui même hier, dans une réponse à Nicolas Sarkozy qui veut abandonner Schengen, estimait que ce n’était pas souhaitable et finalement pas possible.

On sait par ailleurs que les problèmes migratoires se posent autant aux pays hors de Schengen qu’aux autres. Et que ce n’est pas en se désorganisant qu’on règle les problèmes. Mais voilà. Le chiffon rouge “Schengen” a été agité par les populistes et les conservateurs, qui ont gagné la partie, et imposé le sujet. Il faut analyser ce phénomène, et s’en souvenir, lors des prochaines campagnes, pour ne pas retomber dans le piège.

C’est Nicolas Dupont-Aignan, que le ridicule n’a pas tué cette semaine, quand il a passé la frontière italienne, avec une kalachnikov dans le coffre. C’est le Front National, qui a ciblé ses coups, et centré sa campagne quasi exclusivement sur Schengen. C’est Jean-François Copé, qui essaye de faire croire que l’immigration est la première préoccupation des européens.

Un long travail de sape, entamé très tôt dans la campagne, qui a abouti, hier soir, lors du débat sur France 2, à ce que plus de la moitié du temps d’antenne soit consacré à Schengen, et à l’immigration, qui sont d’ailleurs deux sujets, qui se recoupent, certes, mais qu’on ne peut pas non plus confondre : car l’Europe a aussi besoin d’immigration légale. A peine Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou ont-ils eu le temps d’évoquer les causes des migrations illégales, à traiter d’urgence, en amont, que Marine Le Pen, déjà, reprenait la main.

Comme tout au long de cette campagne, on a perdu beaucoup de temps hier, dans ce débat, qui finalement était reclus à l’intérieur de nos frontières françaises. Comme privé, lui aussi, de libre circulation.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......