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Qui veut vraiment "un sursaut et un réveil de la gauche" ?

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A l'issue d'une semaine marquée par plusieurs manifestations de droite en France, les appels au "réveil" de la gauche se sont multipliés hier.

Et chose quand même suffisamment peu fréquente pour être soulignée : après une nouvelle "manifestation pour tous" hier, le "jour de colère" du dimanche précédent, et la rumeur sur la théorie du genre, plusieurs appels à manifester sont venus des rangs même de la majorité. David Assouline par exemple, sénateur, et porte-parole du Parti Socialiste, a appelé la "France de la fraternité" à descendre dans la rue, pour ce qui pourrait prendre la forme d'une contre-manifestation. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, lui a emboîté le pas de manière discrète dans la soirée. Pendant que Julien Dray lançait son appel pour une "réaction à la réaction" !

Mais l'adresse la plus vibrante lancée aux femmes et aux hommes de gauche, est venue de Manuel Valls lui-même. Alors, évidemment, en tant que ministre de l'intérieur, il s'est abstenu d'appeler à la manifestation, mais dans les colonnes du Journal du Dimanche, il a quand même souhaité ardemment "un sursaut et un réveil de la gauche".

Et il a raison ! Le chantier est titanesque d’ailleurs, et si on s'y attelle vraiment, ça va créer beaucoup d'activité. Militants de gauche, et sympathisants PS fourmillent déjà d'idées pour redonner un peu de lustre aux idées progressistes. On pourrait imaginer, par exemple, une politique de relance par la consommation, qui serait enclenchée par un assouplissement des restrictions budgétaires. Pourquoi ne pas essayer, également, de mieux répartir les richesses, en limitant les rémunérations abusives, comme François Hollande l'avait promis ? Prendre la finance, et le taureau de Wall Street par les cornes. Sur l'instauration du droit de vote des étrangers aux élections locales, on pourrait peut-être avancer ! Et Manuel Valls le premier ! Qui pourrait d'ailleurs aussi expliquer comment il a enterré tout seul, hier, la Procréation Médicalement Assistée, dans son interview au JDD.

Un peu plus de courage, et de constance politique de la majorité éviterait sans doute à ses électeurs de déceler une certaine forme d'ironie cruelle, ou, pire, une grande lâcheté, dans ces appels au peuple de gauche répétés en boucle hier. Appels qui pourraient d'ailleurs se révéler à double tranchant, si jamais ce "peuple" en venait à dire ce qu'il a vraiment sur le cœur. Et ce ne sont pas les références désormais appuyées, aux périls des années 30 auxquels nous serions de nouveau confrontés (c'est dit sans autre forme d'analyse) qui pourront servir longtemps d'écran de fumée : si le Parti Socialiste, qui concentre quasiment tous les pouvoirs en France, a besoin désormais de points Godwin pour reprendre la main, c'est peut-être qu'il s'est dangereusement éloigné des réalités.

"La gauche est en état de léthargie", a dit hier Julien Dray. C'est pas tout à fait certain. Mais le jour où elle sursautera, en revanche, les premiers désarçonnés ne seront pas forcément ceux qu’on croit.

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