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Si le Front National arrive en tête dimanche...

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Séisme ? Catastrophe ? Étonnement planétaire ? Que se passera-t-il dimanche, si le Front National arrive en tête des élections européennes ? Rarement nous aurons eu un si bel exemple de “prophétie auto-réalisatrice”. Depuis le temps qu’on annonce, et les acteurs politiques et médiatiques les premiers, sur le mode de la terreur, l’arrivée en tête du Front National aux européennes, et bien, nous y sommes.

On verra dimanche soir, bien sûr, mais les sondages concordent, laissant peu de place au doute : le FN pourrait bien devenir le premier parti de France. Ce serait inédit, et le fait que le cadre de cet événement politique soit une élection européenne ne change rien à l’affaire : les électeurs sont souverains : s’ils veulent simplement exprimer un doute sur l’Europe, ils ont bien d’autres choix que l’extrême droite. Mais dans le cas où ils optent pour le FN, leur choix s’impose, dans toutes ses dimensions, et dans toutes ses conséquences. Alors quelles seront-elles ?

En Europe, et dans le monde, d’abord : un tel résultat donnera l’image d’une France en plein marasme. C’est Jean-Christophe Cambadélis, qui parlait dimanche “d’étonnement planétaire”, en mettant en garde contre les réactions possibles des “investisseurs”. Ce serait “terrifiant”, renchérissait Jean-Luc Mélenchon, du Front de Gauche. “La France tournerait le dos à toutes les valeurs qui font sa grandeur”, estimait de son côté Jacques Attali, sur son blog, hier soir, dans une étonnante supplique intitulée “s’il vous plaît, ne votez pas Front National".

A part ça, pas grand chose : la présence d’une douzaine de députés européens du Front National, même au sein d’un groupe parlementaire d’extrême droite, ne changera pas fondamentalement la donne à Bruxelles. Et au niveau intérieur, en France, les conséquences ne seraient pas non plus si importantes, malheureusement (en dehors des divisions à prévoir à l’UMP, et du retour de Sarkozy). Marine Le Pen par exemple, a déjà prévu de demander une dissolution de l’Assemblée Nationale -demande d’ailleurs tout à fait étonnante, qui démontre qu’implicitement, le FN ne concevrait sa victoire que comme l’effet d’une crise politique- Mais, évidemment, il n’y aura pas de dissolution.

Et il n'y aura pas non plus, il faut le craindre, de vraie remise en question dans le fonctionnement politique français. On se perdra en conjectures dans les états-majors. On déplorera en boucle un phénomène supposé inéluctable. Tout en n’essayant pas d’y répondre. Parce que rien n’y fera : tant que les partis politiques et les palais de la République continueront à produire périodiquement des Aquilino Morelle, des Bygmallion, des Jérôme Cahuzac, des Claude Guéant... Tant que les exécutifs navigueront à vue, en essayant d’acheter des voix en baissant les impôts juste avant les élections (tout en préparant la rigueur pour après)... Tant que d’autres prétendront combattre le Front National en lui piquant ses idées... On n'enrayera pas la poussée de l'extrême droite.

Et on ne fera finalement que produire, tous ensemble, de nouvelles… prophéties auto-réalisatrices.

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