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Valls et les manuels d'histoire

2 min
À retrouver dans l'émission

Ca va mal. La République est attaquée, elle vacille. Les institutions sont dépassées, et sous les coups de boutoirs combinés de puissants groupes d’anciens combattants et de Christine Boutin, le gouvernement pourrait sauter d’un jour à l’autre !

Le Front Populaire, en cours de constitution autour d’Harlem Désir, pourra-t-il éviter la guerre en Europe ? Bon, n’allons pas trop vite, le Front Populaire, en fait, c’est pas pour demain. Il faut d’abord finir d’organiser cette grande manifestation de gauche, que plusieurs responsables du Parti Socialiste appelaient de leur voeux en fin de semaine dernière, selon le principe de la “réaction à la réaction”, théorisé par Julien Dray.

Mais, redevenons sérieux. Nous sommes aujourd’hui le 6 février, et c’est une bonne occasion pour demander à Manuel Valls notamment, d’arrêter de jouer avec l’histoire. Il y a 80 ans, jour pour jour, le 6 février 34, une manifestation des ligues fascistes était organisée à Paris : c’était très violent, il y a eu 15 morts et des centaines de blessés. Ce jour là, c’est bien la République qui était visée, en même temps que les juifs, et il faut être clair : on ne doit pas, on ne peut pas mettre sur un même plan ce 6 février et le contexte si particulier des années 30 et les manifs pour tous !

Certes, il existe aujourd’hui (mais c’est pas tout à fait nouveau) une France de droite, conservatrice, et dont certaines franges peuvent être considérées comme réactionnaires. Cette France là OCCUPE LA RUE EN CE MOMENT, c’est vrai, et elle n’a pas pour première priorité : progrès social, et réformes sociétales. Certes, il y a aussi, mais ce n'est pas la même chose, une France de la haine, de l’antisémitisme, et du nationalisme exacerbé, qui s’épanouit et se complaît dans la crise et la misère.

Mais qu'on ne fasse pas semblant de découvrir tout ça, pour crier au loup, et au danger de voir la République disparaître. C’est peut-être bien pratique pour essayer de se sentir de gauche, pour faire peur aussi, et pour ressouder son camp en décrédibilisant la droite. Mais c’est malhonnête sur le plan de l’histoire… Et c’est inconséquent sur le plan politique.

Car au delà des nombreuses différences entre les années 1930 et les années 2010 (l’Europe n’est plus ni fasciste, ni franquiste, ni stalinienne aujourd’hui, la montée des populismes à laquelle on assiste n’est pas exactement de même nature, les effets de la crise sont beaucoup mieux amortis de nos jours, les institutions de la Vème République sont plus solides). Au delà de toutes ces différences, on peut quand même remarquer qu’en 1934 comme en 2014, les politiques ont bien du mal à dépasser la crise, à nous en défaire.

Voilà comment on peut questionner l’histoire. Pour réclamer plus de politique justement. Et moins d’écume !

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