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Après les sénatoriales, questions sur la gauche et la durée

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C'était il y a 3 ans tout juste : la bascule historique du Sénat à gauche et les mots à l'avenant pour souligner ce choc politique. Un Sénat de gauche, clairement rajeuni et féminisé, plus ouvert à la diversité que l'Assemblée nationale, un Sénat de "gauche plurielle" avec une majorité relative pour le PS et pour la première fois un groupe Vert. Et l'on pressentait que c'était un présage heureux pour le Parti Socialiste qui s'était moqué d'un Nicolas Sarkozy incapable de "garder" le Sénat à droite.

Mais 3 petites années plus tard, à entendre les responsables du PS, on a le sentiment d'une parenthèse qui se referme et rien de plus, d'un retour à la normale, d'un simple retour de balancier. Dans une posture toute hollandaise le PS nous dit : "ce n'est pas facile mais ça pourrait encore être pire". On savourera même ce propos de Jean-Christophe Cambadélis "ce n'est pas un non-événement politique mais ce n'est pas un événement matriçant".

Pourtant, cette défaite sénatoriale rouvre certaines blessures que l'on croyait cicatrisées et effacées à jamais à gauche : les blessures de la durée. François Mitterrand n'a cessé de rappeler qu'il ne suffisait pas de conquérir le pouvoir, il faut ensuite l'exercer pleinement et surtout le conserver dans la durée. Avant lui, il y avait eu Blum et Mendès-France mais avec quelle brièveté : 1 an puis 28 jours sous la IIIème pour Blum, 7 mois pour Mendès sous la IVème. Mitterrand, lui, a passé 14 ans à l'Elysée dont 10 avec une majorité parlementaire de gauche, il avait vaincu la malédiction de la durée et fait mentir la droite qui promettait dès le 11 mai 1981 que l'expérience serait de courte durée.

L'échec de Lionel Jospin fut la première alerte : certes, la gauche avait exercé le pouvoir pendant 5 ans mais elle avait était incapable de le conserver et c'en était reparti pour 10 ans de droite.

L'expérience de la gauche sénatoriale a été encore plus brève, 3 ans pour presque rien, le PS, les Verts et les Communistes n'ont jamais pu s'entendre et le Sénat a infligé camouflet sur camouflet à François Hollande et ses premiers ministres sur les budgets, sur la réforme territoriale, sur le non-cumul des mandats sans que naisse jamais un projet politique bien lisible dans ce qui devait être le laboratoire de la reconquête. Mais les socialistes font comme si cela n'était pas grave pourtant "on va perdre toutes les régions et ce sera un miracle si l'on garde 10 à 15 départements l'année prochaine" nous confie un député socialiste frondeur.

En perdant le Sénat hier soir la gauche a surtout perdu la bataille de la durée.

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