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"Barrage de Sivens : y-a-t-il un risque d'embrasement?", par Stéphane Robert

3 min

En tous cas, il y a une crainte du gouvernement. Crainte de l'escalade, que ça dégénère. Crainte que les manifestations de soutien à Rémi Fraisse, tué le week-end dernier, se poursuivent et enflent, avec leurs lots de débordements, comme on a pu le voir hier soir devant l'hotel de Ville, à Paris. C'est vrai que "ça sent mauvais" confie laconiquement une députée socialiste. "Ah ça je peux vous dire qu'à l'Elysée, François Hollande a la pétoche, renchérit un autre député PS, il est mort de trouille!". Et c'est sans doute ce qui peut expliquer la maladresse et l'improvisation du président et de son gouvernement dans cette affaire, le fait qu'il ait mis 2 jours à réagir et à présenter ses condoléances à la famille...Pourquoi ? Déjà parce que c'est un jeune de 21 ans qui a été tué. Pas un jeune en difficulté, non, un étudiant, en droit de l'environnement, pacifiste, un de ces jeunes qui croyait encore avoir un avenir. Or, les jeunes, la jeunesse, c'est, ou c'était une des priorités, sinon LA priorité, mise en avant par François Hollande. Et comme un symbole, plutôt qu'un avenir, c'est la mort qu'a trouvé Rémi Fraisse, le week-end dernier. Et si la jeunesse commence à se mobiliser, à prendre la rue pour contester, attention danger, on ne sait jamais comment ça peut se terminer...Ensuite, concernant le barrage de Sivens en lui-même, comme l'expliquait hier matin sur cette même chaine le philosophe Dominique Bourg, il y a un problème démocratique dans cette affaire. Les procédures légales ont été respectées, certes, mais pas le processus démocratique pour l'élaboration du projet. A savoir la prise en compte des arguments contre sa construction. Et le récent rapport de deux ingénieurs des Ponts et Chaussées remis à Ségolène Royal montre qu'il n'y avait manifestement pas lieu de le construire. Et du coup, ça légitime la contestation des opposants qui protestent, sur place, depuis des semaines, voire depuis des mois. Or ce déficit de processus démocratique, on le retrouve au niveau national. L'impopularité du président en témoigne. Hollande mène une autre politique que celle pour laquelle il a été élu. Il dispose d'une majorité extrèmement fragile à l'Assemblée. Les anciens alliés, les Verts, semblent être définitivement entrés dans l'opposition. Et dans la population, les déçus, les mécontents, les dégoûtés sont de plus en plus nombreux. Il agrège contre lui toutes les frustrations, tous les ressentiments. Alors maintenant, est-ce que ça peut se traduire par un embrasement général ? Par une mobilisation qu'on ne pourrait plus maitriser ?

Vraisemblablement Non, en tous cas pas pour l'instant. Et ça pour deux raisons...D'abord, il y a une grande atomisation des mécontentements et des contestations. Il y a ceux qui défendent des valeurs, les écologistes notamment, ou encore la manif pour tous avec la famille. Et on les voit mal rejoindre, dans un même élan, ceux qui défendent par exemple des intérêts catégoriels comme les pigeons, les pharmaciens ... ou encore les pilotes d'Air France et les cheminots de la SNCF.Ensuite, il existe encore UN éxécutoire à ce mécontentement social. C'est le Front National. Le FN qui agrège, quoiqu'il en dise, les votes contestataires. C'est pour ça qu'il fait de tels scores aux différentes échéances électorales.Le FN représente le moyen de dire MERDE pour un certain nombre de français qui ne savent comment faire autrement. Manuel Valls a beau agiter le chiffon rouge, Marine le Pen est encore, pour le moment, bien utile à François Hollande et son gouvernement.Attention quand même. Il n'est pas absolument certain que tous les mécontents attendent encore deux ans et demi pour crier qu'ils ne sont pas d'accord...

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