LE DIRECT

De l’unité nationale à l’union sacrée

3 min

Il y a deux façons de voir si un évènement a été « historique ». D’abord, quand il n'y en a jamais eu d'autre dans l'Histoire, c’est le cas de ces 10 et 11 janvier avec au-moins 4 millions de personnes dans les rues.

Ensuite, un évènement peut être historique s'il pèse sur l'avenir. Ce week-end pourra-t-il influer la marche de l’Histoire ? Ce n’est pas garanti car nous en avons déjà connu des communions nationales, joyeuses ou recueillies suivies de désillusions. 8 mai 1945 : la France est libérée, deux ans plus tard elle est au bord de la guerre civile après les grèves insurrectionnelle chez Renault et 10 ans plus tard dans la guerre d’Algérie. 1998 : on célèbre la France Black Blanc Beur, la croissance s’envole, le chômage baisse mais le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen est au second tour. Mars 2012 : la tragédie Mohamed Merah qui, déjà, s’en prend à des juifs et à des uniformes. On crie « plus jamais ça » mais en janvier 2014 nous assistons consternés à l’attaque de Charlie et à la prise d’otages sanglante et antisémite de Vincennes. Dimanche, nous étions dans l'unité nationale mais nous n’en sommes pas encore à l’union sacrée, l’on a vu les bisbilles politiques autour du FN en fin de semaine dernière ou les questions autour d'un patriot act à la française que Valérie Pécresse évoquait dès dimanche midi. Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ne minimisent ni les failles du renseignement ni les risques terroristes mais François Hollande refuse d'employer le mot "guerre", il leur faudra touver la ligne de crête alors qu’en ces temps d’élection, la pression sera de plus en plus forte sur l'exécutif. Certains à gauche dénonceront des nouvelles mesures « liberticides » et certains à droite et à l'extrême-droite « le laxisme » et « l'angélisme » du gouvernement. Pour avancer vraiment, il faut changer beaucoup de choses : l’éducation, les prisons, la perception du fait religieux en France – mais sans affaiblir la laïcité – la situation économique et sociale qui permettra toujours à des gourous de dire à des jeunes gens en déshérence « c’est la faute à la société », les pratiques politiques - la loi anti-terroriste a été votée il y a 2 mois à la quasi-unanimité du Parlement et l'on attend toujours ses décrets d'application – notre rapport aux réseaux sociaux et le traitement médiatique de certaines questions comme les questions religieuses, la chasse aux terroristes en direct, les banlieues ou la jeunesse. Mais il y a de l’espoir : les rassemblements spontanés et dignes via les réseaux sociaux, montrent que les citoyens savent aussi bien mobiliser que les organisations traditionnelles, que la politique est aussi horizontale que verticale et que l'exemple ne vient pas seulement d'en haut. Mercredi dernier, ce sont des dissidents, des provocateurs qui ont été assassinés à Charlie Hebdo. Pour Cabu Charb Wolinski Honoré et leurs collègues, on a brandi le drapeau bleu-blanc-rouge, on a sonné le glas à Notre Dame, on a fait marcher Ali Bongo pour la liberté de la presse, on a chanté la Marseillaise et l’on a – le temps d’un deuil au moins – réconcilié la France avec ses flics. Alors, que la marche continue ! Marchons, marchons, n’est-ce pas aussi cela la Marseillaise ?

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......