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Entre socialistes et communistes, rien de nouveau sous le soleil

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Même si dimanche dans Le supplément sur Canal Plus, François Hollande a conclu sa phrase par « XXX » les communistes - Pierre Laurent en tête - ont de quoi être en colère avec le début du propos du chef de l’Etat qui comparait dimanche le discours de Marine Le Pen à « un tract communiste des années 70 » , il n’est jamais agréable pour un responsable politique d’être comparé au Front National.

Au-delà des analogies, pertinentes ou non, cette passe d’armes entre un dirigeant socialiste et des dirigeants communistes n’a absolument rien de nouveau ni d’inédit. Lundi, Pierre Laurent rappelait que PS et PC avaient établi un programme commun dans les années 70. Mais surtout, précisons que la rupture s’est produite en 1977 et que pendant la campagne de 1981, Georges Marchais n’avait pas de mots assez durs pour François Mitterrand le « social-traitre ». Le 21 avril 2011, Le Nouvel Observateur nous rappelait même que le bureau politique du 6 mai 81 avait décidé de faire voter Giscard en sous-main. Dans ses mémoires, Pierre Mauroy raconte qu’une fois arrivé à Matignon, dans la salle qui avait été le bureau de Léon Blum, une délégation d’élus socialistes du Nord étaient venus lui faire la leçon lui reprochant d’avoir pris des communistes dans ton gouvernement.

Pourquoi tant de hargne à l’époque, pourquoi une entente de façade depuis ? Car le parti socialiste a tué le parti communiste. Dans l’alliance entre le modeste PS et le puissant PC le petit a étouffé le gros et dévoré son capital électoral, le subtil Mitterrand a berné le rustique Marchais et sur le terrain, dans la banlieue rouge de Paris où dans le Nord-Pas-de-Calais le combat électoral a été sans pitié entre candidats socialistes et communistes. Jusqu’en Seine-Saint-Denis où Claude Bartolone et les siens ont pris au PC ses places-fortes les unes après les autres.

Aujourd’hui, les relations sont excècrables entre le front de gauche et l’exécutif socialiste. Mais les rapports de force au sein de la gauche sont tellement défavorables au premier par rapport au second que François Hollande peut se permettre ce genre de petite réflexion avant que Stéphane Le Foll ne prévienne « il n’y aura pas d’excuses publiques ».

La colère de Pierre Laurent ou des anciens ministres communistes de François Mitterrand est celle de militants et d’élus piégés par le PS depuis maintenant 40 ans, de compagnons floués, obligés de le combattre toute l’année et de finir par voter faire alliance voire de voter pour lui au second tour.

Un élu proche de François Bayrou qui a voté Hollande en 2008 et qui a cru à une grande recomposition vers le centre-gauche nous explique que le PS est le parti « le plus insécurisant qui soit » pour ses alliés. La stratégie d’union de la gauche menée par Mitterrand jamais démentie depuis, conjuguée à l’émergence du Front National pousse à des candidatures uniques en 2017 à droite et à gauche. Hollande, Valls, Bartolone, Fabius, Aubry, ils étaient tous ministres ou très proches de Jospin le 21 avril 2002 il y a 13 ans jour pour jour. Laisser de l’espace à la gauche de la gauche est mortifère pour le PS, François Hollande a choisi, rien de neuf sous le soleil. Entre socialistes et communistes, c’est la lutte finale.

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