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Et l'ENA dans tout ça ?

3 min

Quand le doigt montre la Lune, le fou regarde le doigt. A propos de l'énarchie (le terme a été inventé par les énarques Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez et Didier Motchane) et de la supposée mainmise des énarques sur le pouvoir, une étude du CEVIPOF livre des conclusions surprenantes. Luc Rouban directeur de recherches à Sciences Po s'est penché sur les curriculum vite de 500 femmes et hommes conseillers à l'Elysée, à Matignon et dans les ministères ainsi que les principaux responsables des directions centrales c'est à dire les administration qui dépendent des ministères.

Le fou verra Jean-Pierre Jouyet secrétaire général de l'Elysée, Boris Vallaud, Gaspard Gantzer chargé de la communication présidentielle, tous énarques et tous dévoués à un Président sorti de l'ENA comme Jacques Chirac, Alain Juppé, Dominique de Villepin, Laurent Fabius, Michel Rocard... Et pourtant... le fou devrait s'intéresser aux chiffres fournis par Luc Rouban, selon lui, il y a 39% d'énarques parmi les conseillers de François Hollande alors qu'ils étaient 50% sous Nicolas Sarkozy, le Président non-énarque de la rupture. Encore plus étonnant : 36% des conseillers de François Hollande ont déjà effectué un passage dans le privé contre 28% chez son prédécesseur. La partie la plus intéressante de l'étude de ce chercheur permet d'expliquer en partie la déception voire le désenchantement des électeurs de gauche qui exultaient au Bourget. A en croire Luc Rouban interviewé dans Le Figaro : "l'évolution générale des élites administratives accroît la fracture culturelle entre le sommet de l'appareil d'Etat et les petits fonctionnaires qui ne s'identifient plus à cette élite politique mondialisée ouverte sur l'Europe qui colonise l'administration et ruine leur perspective de carrière" . Quand ils n'occupent pas un poste haut-placé dans une banque, dans les média ou toute autre grande entreprise, ces personnes formées à l'école du service public occupent une fonction aussi considérable dans un cabinet ou une direction centrale. Et si ce n'est pas le cas, ils retournent dans leur corps d'origine inspection des Finances, cour des comptes, conseil d'État, tant pis si l'on est parfois au bord du conflit d'intérêt. François Pérol en a fait les frais, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, il a supervisé le rapprochement entre la banque populaire et la caisse d'épargne avant de devenir PDG de la nouvelle entité. Il est mis en examen pour prise illégale d'intérêts et doit être jugé à la fin du mois prochain. Autre exemple : François Villeroy de Galhau, passé par Bruxelles, par plusieurs cabinets ministériels de gauche et par la direction du Trésor aujourd'hui directeur général de BNP Paribas. L'exécutif envisage de le nommer gouverneur de la banque de France mais pour éviter toute accusation de conflit d'intérêts l'Elysée lui a ouvert un sas de décompression, le voilà depuis le 1er mai chargé d'une mission sur le financement de l’investissement.

Sous François Hollande l'énarchie est donc sans doute plus voyante que sous Nicolas Sarkozy. Elle est moins nombreuse, peut-être pas plus vertueuse mais en tout cas plus maligne.

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