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Etre ou ne pas être socialiste? par Stéphane Robert

2 min

Etre ou ne pas être socialiste?Si l'on en croit les mots et les postures, le parti socialiste serait en pleine crise identitaire.Deux gauches s'affronteraient au PS. On serait en train de revivre les grandes heures de la bataille entre Jules Guesdes et Jean Jaurès et de la construction idéologique de la gauche. D'un côté, Manuel Valls, qui donne une longue interview dans le Nouvel Obs, dans laquelle il propose que le Parti Socialiste change de nom.Il faut, dit-il, sortir de cette "gauche passéiste" et créer un rassemblement plus large qui intégrerait les centristes. D'ailleurs, il dit que ne pas avoir tendu la main à François Bayrou en 2012 était une erreur. Et la gauche, SA gauche, celle qu'il incarne, conserve UN idéal : l'émancipation des individus, du Clémenceau dans le texte...De l'autre côté, pas moins grandiloquent, Benoit Hamon, qui avait été devancé par Martine Aubry, le week-end dernier, dans la critique de la ligne de François Hollande et du gouvernement.Alors il a fait dans la surenchère. La politique suivie, s'emporte-t-il, est une "menace pour la démocratie" car elle conduit tout droit à la prise du pouvoir par Marine Le Pen et par l'extrème droite...Les mots sont forts, les postures catastrophistes, dignes des personnages de Racine ou de Shakespeare. "Etre ou ne pas être socialiste ? Peuple de Gauche, Peuple de France, nous vous le disons gravement, telle est la question !"Et tout ça pour quoi ? Parce qu'il y aurait d'un côté un gouvernement pro-entreprises et de l'autre une partie de la gauche qui défend le peuple et d'abord le peuple ? Il y aurait d'un côté une gauche réaliste, soucieuse des économies ? Et de l'autre une gauche dépensière, qui croirait au mythe christique de la multiplication des petits pains ?Non !En réalité, qu'est-ce qui se passe ?Si vous regardez en détail ce qu'ils proposent, ils sont à peu près d'accord tous ces socialistes qui s'affrontent.Pour Martine Aubry, il faut d'abord, évidemment, réduire les déficits. Quant à Benoit Hamon, il était encore au gouvernement il y a un mois et demi. Et il acquiescait à la politique engagée. Ces deux-là essaient de surfer sur la petit contestion menée par les frondeurs...Manuel Valls, pour sa part, explique qu'on ne va pas assez loin dans la réforme. Qu'on a raté le début du quinquennat et il en remet un coup sur les totems de gauche, proposant au passage de supprimer le contrat à durée indéterminée. Il entame sa guerre de mouvement pour se démarquer de François Hollande.Tous sont dans la surenchère et dans des stratégies individuelles.Ils ont enterriné l'échec du quinquennat, estimant que c'est d'ores et déjà perdu pour Hollande en 2017, et ils jouent le coup d'après. C'est presque comme si le parti socialiste était dans l'opposition et qu'il préparait son congrès.Et on est dans un affrontement des potentiels futurs leaders. On est en train de jouer à "qui va récupérer le parti socialiste ?".Hollande, lui, n'est pas dupe. Il s'est d'ailleurs un peu moqué des manoeuvres de son premier ministre, hier, en lui remettant la Grand Croix de l'ordre national du mérite, rappelant que son mentor en politique, Georges Clémenceau, n'avait jamais été président de la République.Mais tout ça témoigne quand même qu'il est très affaibli, François Hollande, et qu'il ne maitrise plus grand chose. Pas plus la dette de la France que son chef de gouvernement et les troupes socialistes.Alors de quelle influence et de quelles marges de manoeuvre dispose-t-il encore ? il va devoir y répondre.Mais le plus important est de savoir comment tout ça sera perçu par l'opinion ? N'a-t-elle pas déjà tranché ? Autrement dit, "être ou ne pas être?", pour le Parti Socialiste, est-ce encore la question ?

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