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L'impuissance du politique face à "l'Ubérisation" de la société, par Stephane Robert

2 min

Nous sommes en train d'assister à la naissance d'un néologisme : "l'ubérisation" de la société...

C'est à la Une du quotidien Libération ce matin. Et on l'a beaucoup entendu hier dans la voix des journalistes et des commentateurs (y compris sur France Culture)...

Alors pourquoi ce néologisme à partir du nom de l'entreprise américaine Uber ?

ordinateur futur
ordinateur futur

Eh bien parce que les violences déclenchées chez les chauffeurs de taxi par l'expansion d'Uber Pop en France révèle, dans sa réalité concrète, un phénomène de fond à l'oeuvre depuis déjà quelques années mais dont on avait encore du mal à prendre la mesure : Le développement accéléré du numérique est en train de bouleverser de fond en comble l'organisation politique de nos sociétés. Et on en est encore qu'au commencement.

Le phénomène Uber n'est pas quelque chose de nouveau. Il est une traduction, une déclinaison, une appropriation par une entreprise de l'économie du partage. Comme ce qu'a fait en son temps Bla Bla Car avec le Covoiturage ou encore le BonCoin.fr avec la vente en ligne d'à peu près tout ce que vous pouvez imaginez.

Ces entreprises ne font rien d'autres, via les plateformes numériques que sont devenus nos téléphones portables, que de la mise en relation entre personnes susceptibles de proposer divers produits et services contre rémunération. Et en celà, elles agissent comme des accélérateurs de particules. Mais ce qu'elles accélèrent et ce qu'elles multiplient, ce sont les flux, les échanges, les réseaux.

On est là dans ce qu'a théorisé en son temps l'économiste autrichien Joseph Schumpeter en décrivant les cycles du développement économique via le système capitaliste. A l'origine, il y a une innovation, en l'occurence la mise en réseau de tous les habitants de la planète via internet, qui génère une augmentation de la production et de la consommation, et concommitamment un bouleversement des règles qui organisent les sociétés. C'est ce qu'on est en train de vivre à peu près partout dans le monde. L'"ubérisation" n'est donc en fait qu'un avatar, une déclinaison concrète, de la mondialisation de l'économie...

La réponse politique à ce phénomène parait bien faible, insignifiante même. Voyez François Hollande et son ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve. Ils rappellent les règles : Uber Pop est interdit et on va prendre un arrêté "préfectoral". Les violences des chauffeurs de taxi ? interdites également ! Alors que ces chauffeurs sont en proie à l'angoisse, à la panique pour certains, face à la disparition programmée du modèle économique réglementé dans lequel ils évoluent.

La faiblesse de cette réponse politique tient au fait qu'elle s'exerce dans un cadre national alors que le phénomène est mondial. Et qu'on ne voit pas comment on pourrait l'endiguer, ce phénomène, ni comment revenir en arrière, sauf à détruire tous les smartphones et les ordinateurs de la planète et à déclarer internet illégal.

Le problème est que nos systèmes politiques ont été pensés et structurés au lendemain de la seconde guerre mondiale dans le cadre d'une réaffirmation des Etats Nations comme entités organisationnels des sociétés. Et qu'on en est toujours là. On a bien mis en place des embryons d'organisations politiques transnationales et internationales pour essayer de réguler tout ça, l'ONU par exemple, l'OMC, l'Europe en est une également. Mais leur pouvoir reste limité. Et surtout elles ne répondent pas à cette ambition politique qui est d'organiser collectivement les sociétés. Et donc d'associer les populations à cette organisation collective...

Non, la réponse politique au phénomène Uber parait aujourd'hui complètement désuète et dépassée. Et pourtant elle est nécessaire. Mais elle est à inventer...

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