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La campagne pour la présidentielle débute en catimini à l'UMP... par Stéphane Robert

3 min

C'est à peine si on s'est aperçu qu'elle avait démarré...Et pourtant c'est le cas. Nicolas Sarkozy ET Alain Juppé ont donné le coup d'envoi cette semaine. Tous les deux ont effectué leur premier déplacement de campagne qui sera suivi par beaucoup d'autres dans les mois à venir... Mercredi soir, Alain Juppé était à Branges en Saône et Loire, à l'invitation de l'un de ses soutiens, le député européen Arnaud Danjean. Et hier, Nicolas Sarkozy, lui, s'est rendu à Tourcoing, dans le Nord, ville dont est maire son ex-porte parole de campagne, Gérald Darmanin... Réunion publique pour tous les deux. Avec dans les deux cas, environ 800 participant ...Ces deux déplacements se sont effectués dans un silence médiatique assourdissant pour plusieurs raisons...La première, c'est qu'ils ont eu lieu un peu à contre temps. On est encore dans la phase post-traumatique des attentats terroristes de début janvier. Les français, les médias, la classe politique, tout le monde est encore un peu groggy suite à ce qui s'est passé. D'ailleurs, quand vous en discutez avec les députés à l'Assemblée Nationale, beaucoup vous disent : "2017 ... oh la la ... c'est encore loin ... là franchement c'est pas le moment ... on en reparlera dans quelques mois". Et il règne encore un peu, quoiqu'on en dise, de ce temps mort politique qu'a constitué l'union nationale face à la menace terroriste...Autre explication à ce début de campagne à pas feutrés pour la présidentielle à l'UMP : C'est qu'il y a des doutes qui semblent animer les deux candidats, ou plus précisément qui semblent animer l'entourage des deux candidats...Doute, d'abord, sur Alain Juppé. De nombreux élus ne croient pas à sa candidature. "Sa popularité dans l'opinion, c'est une bulle ... explique un député ... ça va se dégonfler vous allez voir. Et puis on n'a jamais vu un favori, deux ans et demi avant l'élection, s'imposer dans la dernière ligne droite. Souvenez-vous de Balladur !" ... Juppé, lui, s'en souvient certainement. Raison pour laquelle il évite de se projeter devant les micros et sous l'oeil des caméras. Il lui faut tenir la distance. Alors il distille ses apparitions...Problème également pour Juppé, il n'a pas de réseau, peu de soutiens parmi les élus de sa famille politique. Alors il lui faut labourer le terrain, aller à la rencontre des militants, faire le "sale boulot" comme on dit dans le milieu. (Ce qu'a fait par exemple Bruno Le Maire pendant des mois et des mois lors de sa campagne pour la présidence de l'UMP.) Et ça, ça se fait loin du microcosme politico-médiatique parisien...Et puis il y a un autre écueil pour Alain Juppé. C'est le regain de popularité de François Hollande et de sa majorité. Son créneau à lui, c'est la droite et le centre. Il se présentait même comme un candidat alternatif pour les électeurs du centre gauche déçus par le Hollandisme. Alors si Hollande remonte, ça n'est pas une bonne nouvelle, ça lui grignotte un peu de son espace politique...Des doutes pour Alain Juppé, mais des doutes également pour Nicolas Sarkozy. Plusieurs de ses soutiens s'inquiètent... "ça ne marche pas ... il ne surprend plus dit l'un d'eux ... avant c'était lui qui dictait le tempo médiatique ... et là il s'est fait griller par Manuel Valls ... Sarko propose la peine d'indignité nationale ... mais ce qui fait le buzz ... c'est l'apartheid social et ethnique dans les quartiers lancé par le 1er ministre" ... Nicolas Sarkozy a même essayé de se justifier. "Attendez a-t-il expliqué ... le plus difficile c'est de revenir ... j'ai mon tempo ... " ...Mais le doute, il est également dans l'esprit d'un grand nombre de parlementaires. Doute qui est lié aux nombreuses affaires judiciaires qui menacent l'ancien président. "Imaginez ... disait il y a quelques jours un député ... on organise la primaire à l'UMP ... c'est Sarkozy qui est désigné ... et derrière ... PAF ... l'affaire Bygmalion lui retombe sur la tête ... il est mis en examen ... (c'est comme si Strauss Kahn avait été désigné candidat des socialistes à la présidentielle en 2011 ... et que l'affaire Nafissatou Diallo avait éclaté juste après ...) on se retrouve dans un merdier noir ... c'est une éventualité ... faut pas l'oublier ..."Et puis dernière explication : c'est que l'UMP se cherche aujourd'hui, cherche son identité. En fait, elle est tiraillé entre deux droites. Une droite sécuritaire, plus ou moins souverainiste, qui fleurte à l'occasion avec les thèses de l'extrème droite, cette droite qu'incarne en partie Nicolas Sarkozy. Et cette droite là, eh bien elle doute face à la progression constante du Front National... Et puis il y a l'autre droite, incarnéé par Alain Juppé. Plus sociale, un tantinet plus libérale également, républicaine, qui érige une frontière infranchissable avec le FN. Et cette droite est déstabilisée par la politique menée par l'actuel gouvernement socialiste. Car c'est une politique dont elle n'aurait pas à rougir si elle était au pouvoir...

Et le problème de l'UMP est là : elle se cherche un chef, et une ligne, dans un espace politique qui, sur sa droite comme sur sa gauche, est en train de se rétrécir...

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