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La Culture, domaine réservé

8 min

Vous souvenez-vous de vos cours de science politiques et de droit constitutionnel et du "domaine réservé" du chef de l'Etat ? Ce dernier ayant contrôle direct sur les affaires diplomatiques et militaires ? Nos constitutionnalistes et professeurs de droits devraient ajouter au domaine réservé : la Culture. A chaque prise de fonction, à chaque grande interview, les successeurs d'André Malraux et de Jack Lang rue de Valois s'entendent rappeler ces deux noms et se font immanquablement interroger sur la prétendue grandeur perdue de la politique culturelle. Pourtant, à regarder la liste des prédecesseurs d'Aurélie Filippetti, il y a des personnes de grande Culture : Edmond Michelet, Maurice Druon, Alain Peyrefitte, Jean-Jacques Aillagon, Frédéric Mitterrand... Il y a aussi de purs politiques qui avaient la ligne directe du président : Michel d'Ornano sous Giscard, Jacques Toubon sous Chirac… Mais aucun n'aurait autant marqué que Lang et Malraux. Et ce n'est pas leur faute. Ou pas complètement. C'est aussi de la responsabilité de leur Président car la culture, depuis la création du dépôt légal par François Ier à celle du Louvre comme plus grand musée du monde par Napoléon, en passant par celle des académies et de la Comédie Française par Louis XIV, a toujours été portée par le chef de l'Etat. Oui, la culture appartient bel et bien au domaine réservé du Président et elle le fut sous De Gaulle qui n'eut que Malraux pour ministre de la Culture avec rang de ministre d'Etat, et sous François Mitterrand qui n'eut que Jack Lang.Bien sûr, ne comparons pas abusivement les époques : aujourd'hui la Culture est bien plus décentralisée et déconcentrée, les musées vivent leur propre vie même si la ministre a un œil attentif aux nominations de leurs dirigeants, les grandes productions télévisuelles ne sont plus l'apanage de la SFP mais de sociétés de productions privées, il n'empêche… Giscard, Chirac, Sarkozy et Hollande, aussi personnellement cultivés fussent-ils, ont fait de la culture un champ d'action politique comme un autre.

Nous mettrons de côté Georges Pompidou et Jacques Duhamel minés l'un et l'autre par la maladie et qui n'ont pu aller jusqu'au bout de leur politique culturelle audacieuse et nous terminerons sur ces mots de Jacques Duhamel : "je ne penserai pas au niveau de Malraux, je ne vivrai au niveau de Michelet mais j'essaierai d'administrer ce ministère car c'est cela que je sais faire… La culture, c'est ce qui pourrait aider une journée de travail à devenir une journée de vie, elle doit être la principale réponse au désarroi de l'homme moderne".

Frédéric Métézeau

La réaction d'Aurélie Filippetti, ministre de la Culture (à partir de 36 minutes)

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