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"La France dans les clous européens" par Stéphane Robert

2 min

C'est demain que la commission européenne doit se prononcer sur le budget 2015 présenté par la France. Et selon toutes vraisemblances, il devrait être accepté par la commission européenne nous disent ce matin nos confrères du journal Le Monde.Et on doit se réjouir à l'Elysée et à Bercy de l'entourloupe réalisée pour faire passer la pilule.Un sacré tour de passe qu'ont effectué là François Hollande et Michel Sapin.D'abord, ils martelaient mordicus, au fil des semaines, que NON, ils ne feraient pas un centime de plus que les 21 milliards d'euros d'économie sur le déficit public.Et puis finalement, si. On a trouvé de quoi rogner 3 milliards 600 millions d'euros supplémentaires.Pour ça bien sûr, on a gratté les fonds de tiroir.C'est un peu technique et un peu austère, je résume :Il y a d'abord un artifice comptable, qui permet de recalculer le poids du CICE dans la réduction des déficits structurels.Ensuite la France va bénéficier d'une réduction de sa contribution au budget européen : entre 300 et 600 millions d'euros à payer en moins.Les entreprises sont mises à contribution. (Ah bon tiens, on pensait qu'il fallait leur dégager des marges) Un certain nombre de mesures ne seront plus déductibles de l'impôt sur les sociétés : ça fait 500 millions d'euros.L'optimisation fiscale et la lutte contre la fraude vont rapporter plus que prévu, 900 millions d'euros.Et puis les taux d'intérêts sont tellement bas qu'au bout du compte ça nous coûte moins cher de rembourser la dette : 1 milliard 500 millions en moins.Et ça permet à la France de claironner fièrement qu'elle va réduire son déficit structurel de 0,5%. Bruxelles demandait 0,8, mais estimait apparemment, que bon, 0,5 point, c'est déjà ça, que ça peut passer. Et si l'on en croit Le Monde, ça devrait passer.Alors déjà, il n'y a pas grand chose de structurel là-dedans. Mais bon, là encore, passons.Ensuite, si l'on regarde les mesures avancées pour arriver à ce résultat, notamment l'optimisation fiscale et les taux d'intérêt au ras des pâquerettes, on le savait depuis déjà des mois. Comment se fait-il alors qu'on ne l'ait pas intégrer au calcul initial ? C'est simple : On présente un budget plus restreint que ce qu'on peut faire en réalité. Et au tout dernier moment, on annonce un tour de vis supplémentaire. "vous voyez mon bon monsieur, ça n'a pas été facile hein, mais on a fait tout ce qu'on pouvait, jusqu'au dernier moment. Et on est arrivé ... à ça. Bah oui, ça n'est pas ce que vous demandiez, mais on ne peut pas faire plus, vous voyez bien ..."La ficelle est un peu grosse. Et personne ne sera dupe à Bruxelles. Mais ça permet de sauver la face, de montrer, au moins dans le faux-semblant, qu'on est de bonne volonté. En fait, c'est à un exercice d'équilibristes, de funambules, que se sont livrés là François Hollande et son ministre du budget, Michel Sapin. D'un côté : il fallait donner des gages à ses partenaires européens. Et puis on ne pouvait pas ne pas faire comme les italiens, qui ont annoncé, hier, eux aussi, un effort supplémentaire de 4 milliards 500 millions d'euros.Et puis d'un autre côté, impossible de fâcher un peu plus encore les frondeurs de l'Assemblée Nationale, de prendre le risque de fracturer plus qu'elle ne l'est la majorité.Alors 3 milliards 500 milions d'euros qui ne coutent rien ou presque, sinon le prix de la calculette, ça ne mange pas de pain.Ca permet au président de ménager la chèvre et le chou, mais ça donne aussi l'impression qu'il se fout de tout et de tout le monde. Finalement, François Hollande s'est livré à un nouvel exercice de synthèse. Cette synthèse qu'il affectionne tant. Et qui l'a porté... au plus bas dans les sondages...

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