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La loi Macron, piège à partis

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C'est le comble ! De l'aveu même de François Hollande cette loi Macron discutée depuis lundi à l'Assemblée « n'est pas la loi du siècle » mais elle est en train de mettre droite et gauche sens-dessus-dessous.

D'abord, il y a le temps passé à étudier 106 articles pendant 2 semaines de débat en première lecture après 7 jours d'affilée de discussions en commission. Mais cette loi censée relancer la croissance et l'activité va surtout relancer les débats dans chaque camp car elle est une véritable bombe à fragmentation, un piège tendu aux oppositions de droite et de gauche dressées contre François Hollande et Manuel Valls.

Pour désamorcer la gauche de la gauche, Emmanuel Macron a soigneusement choisi les 8 co-rapporteurs de la loi. Comme le rappelle L'Opinion, quatre d'entre eux ne sont pas vraiment dans la ligne officielle : Richard Ferrand est un proche d'Henri Emmanuelli, Stéphane Travert un compagnon de route de Benoît Hamon, Denys Robiliard n'a pas voté la confiance et Cécile Untermaier a gravité autour d'Arnaud Montebourg. Plus globalement, cette loi est un fourre-tout de mesures libérales et de mesures plus difficilement contestables à gauche. Le texte aligne côte à côte le travail du dimanche mais aussi la réforme des professions réglementées : « s'attaquer aux rentes, si ça ça n'est pas une politique de gauche » s’amuse un parlementaire Vert favorable à la loi alors que pour Cécile Duflot « la mettre en échec est une devoir ».

A droite l’embarras est le même embarras. La consigne de Nicolas Sarkozy et Christian Jacob est claire : l'UMP ne doit pas voter la loi Macron mais chaque jour qui passe un nouveau parlementaire annonce le contraire. Hervé Mariton, Frédéric Lefebvre, Olivier Carré voteront pour, Thierry Mariani l'envisage, Gérald Darmanin pourrait s'abstenir, Benoist Apparu ou Luc Chatel réfléchissent encore, François Fillon n'exclue rien. Là aussi, Emmanuel Macron triangule, le libéral en chef de l'UMP Hervé Novelli parle « d'avancées évidentes » par exemple dans le code de l'urbanisme et l'épargne salariale. Idem à l’UDI où le président Jean-Christophe est contre la loi Macron, Jean-Christophe Fromantin est pour, le président du groupe à l'Assemblée Philippe Vigier ne dit pas non et Hervé Morin est encore réservé.

Emmanuel Macron, qui était rapporteur de la commission Attali sur la croissance installée en 2008 par Nicolas Sarkozy verra donc le texte qui porte son nom adopté. Depuis l'automne dernier, ses courbes de notoriété et de popularité ne cessent de grimper dans les études d'opinion. Tactiquement, le coup s'annonce bien joué mais stratégiquement il faudra voir. Que pèsera ce texte qui n'est pas « la loi du siècle » et qui n'affiche aucun objectif en matière de créations d'emplois face à la déferlante du chômage ?

En 2014, la France a enregistré 600 chômeurs de plus par jour. A la fin de l’année dernière, ils étaient 3 496 400.

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