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La réforme territoriale mère des réformes ?

3 min

S'il en avait le temps François Hollande devrait lire L’aménagement du territoire (éditions Gallimard) le dernier roman original et érudit d'Aurélien Béllanger.

On y rencontre, entre-autres, un haut-fonctionnaire du Plan pendant les années 60 passionné de géographie, de cartographie, de statistiques et de politique qui, raconte Bellanger "s'endort presque tous les soirs à superposer les calques et recompose le millefeuille territorial de la France (…) et qui donne à ses rêveries territoriales des contenus réel".

Ce pavé de 500 pages nous rappelle combien l'aménagement géographique et politique influe sur la marche de notre société. Donc, une réforme territoriale bien menée peut être la mère des réformes car beaucoup de blocages voire de tensions de notre société sont le fait d'une mauvaise organisation territoriale.

La lutte contre le chômage par exemple : la région a compétence pour l'aide aux entreprises et la formation professionnelle mais c'est le département qui gère le RSA et Pôle Emploi reste encore très centralisé.

Les grands projets d'infrastructures comme le barrage de Sivens : qui consulte ? Qui tranche ? Les élus locaux ou le Préfet ? Un peu les deux, un peu personne et à la fin on en appelle à la ministre.

L'abstention même : le mille-feuilles territorial est un mille-feuilles électoral avec en moyenne un scrutin par an. Les électeurs votent plus aux municipales qu'aux départementales alors que les départements ont plus de compétences sur leur vie quotidienne. Mais le conseil général est mal connu et le canton invisible.

Les institutions sont comme les romans, quand elles sont illisibles elles nous tombent des mains alors, en avril dernier, lors de son premier discours de politique générale, Manuel Valls annonce par surprise une réforme territoriale prévoyant la fusion de certaines régions et la suppression à terme des conseils généraux.

Comme le CICE ou le pacte de responsabilité, cette réforme essentielle ne faisait pas partie des 60 propositions de 2012 - passons, je fais ce que je dis et je dis ce que je fais, c'est bon pour les candidats pas pour les Présidents – au contraire il promettait de donner plus d'autonomie aux départements. Mais 2014 il propose leur disparition puis, sous pression des radicaux de gauche tentés de quitter la majorité, il est décidé de maintenir les conseils généraux ruraux, de fusionner les conseils généraux et les métropoles, et partout ailleurs de les remplacer par une fédération d'intercommunalités. Quant aux régions, y en aura-t-il 12, 14, 15 ? Avec quel tracé ? On a du mal à suivre, comme l'on a eu du mal à suivre toute cette première moitié de quinquennat zig-zag.

Ce soir, en cette mi-mandat et au jour de l'ouverture du congrès de l'Association des Départements de France, François Hollande doit expliquer en quoi ses projets seront bons pour les français, il pourrait annoncer d'autres réformes institutionnelles alors même que la réforme territoriale s'embourbe.

Au rebours d'un autre grand chantier, le choc de simplification, la mère des réformes pourrait devenir la mère des usines à gaz.

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