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"La République de Nicolas Sarkozy", par Stephane Robert

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Nicolas Sarkozy a décidé de rebaptiser son parti d'un nouveau nom : "les Républicains". Il s'en expliquera ce soir devant le bureau politique de l'UMP. Et il a promis, concession faite à Alain Juppé, que cette nouvelle appellation serait tranchée par un vote des militants avant le congrès fondateur du 30 mai prochain. Vote qui, il en est persuadé, validera son choix. Puisque le logo, le nouveau logo, apparemment, est déjà prêt...Revenons d'abord sur le "pourquoi" de ce changement de nom.Il y a bien sûr le fait l'UMP est désormais entaché par l'affaire Bygmalion. Et l'affaire Bygmalion, c'est quoi ? C'est le tripatouillage des comptes du parti pour dissimuler le dépassement des frais de campagne du candidat Sarkozy en 2012. L'UMP représente donc les casseroles qu'il se trimballent, de potentiels ennuis judiciaires, bref, un passé bien encombrant dont il faut faire table rase.Et puis l'UMP, c'est aussi le nom du parti avec lequel il a perdu en 2012. Et d'un point de vue symbolique, difficile de repartir en campagne avec un acronyme synonyme de défaite électorale.Il y a aussi le fait que l'UMP, c'est le parti fondé par Alain Juppé en 2002. Alain Juppé... Son potentiel rival pour la primaire en 2016... Et lui dézinguer son parti juste avant que n'ait lieu la bataille, ça doit provoquer chez Nicolas Sarkozy quelques fourmillements de contententement jubilatoires dont il aurait sans doute eu beaucoup de mal à se passer...Alors maintenant, pourquoi choisir "les Républicains" ? C'est une manière de s'approprier la "Res Publica", la "chose publique". Et d'exclure de ce champ là les socialistes. Et la gauche toute entière, accusée d'ailleurs par l'intéressé d'avoir trahi les valeurs de la République.C'est aussi une manière de contrer le Front National qui lui grignottent des parts de marché au fil des échéances électorales. Le FN, lui aussi, du même coup exclu du champ de la République. Et repousser par cette appellation dans son camp retranché, à l'extrème droite. "Poussez-vous de là que je m'y mette". On a bien là une tentative d'annexion du terme, et de l'idée, de République dénoncée par un certain nombre d'intellectuels. Il faut d'ailleurs, à ce propos, souligner la contradiction entre le fait que Nicolas Sarkozy et l'UMP ont refusé le "Front Républicain" face à l'extrème droite et qu'ils revendiquent aujourd'hui la volonté d'incarner le "Camp Républicain"...Mais de quelle République parle-t-il Nicolas Sarkozy ? On ne sait pas. Cette nouvelle appellation n'a que des visées stratégiques et marketing. Pour s'imposer. Et contrer ses adversaires.Quelle définition donne-t-il de la République ? "Oh ça, vous savez, le programme, on verra après. D'abord le rassemblement" argumentent ses proches, sans vergogne. A-t-il seulement relu le très beau texte de Régis Debray publié dans le Nouvel Obs en 1989 ? Sans doute pas. Et pourtant, il devrait...Régis Debray nous y explique ce qu'est selon lui, en France, la République. Qui ne peut pas se résumer à la "démocratie" mais qui ne peut pas être non-démocratique. Il nous parle de cette exigence républicaine qui fait de tout homme, qui vit au sein de la République, un citoyen. Un citoyen à qui elle aura au préalable donné les moyens de s'éclairer, de s'éduquer. Il dit aussi qu'en République, "un parti politique n'est pas une machine à conquérir et à conserver le pouvoir. Qu'il ne s'accorde pas sur un visage ou sur une vague promesse, mais sur un programme." Qu'il s'engage par la suite à respecter.Ou est donc la République de Nicolas Sarkozy ?Peut-être quelque part, de l'autre côté de l'Atlantique...En attendant, la République Française, elle, on le voit au fil des échéances éléctorales, s'effrite. Elle est en danger. Et ce ne sont certainement pas les futurs "Républicains" qui, pour l'heure, portent l'espoir de la sauver...

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