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Le conflit à Radio France est d’abord un problème politique

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En ce 26ème jour de grève à Radio France nous assistons, auditeurs et personnels de Radio France, à un jeu de billard à trois bandes.

Au début du conflit, le PDG de Radio France explique que la situation est grave et qu'il attend des réponses de la tutelle, c'est à dire du gouvernement.

Le gouvernement estime que la situation est grave et qu'il attend des propositions du PDG "convoqué" à plusieurs reprises chez Fleur Pellerin métamorphosée en Alain Peyrefitte du XXIème siècle. Pour Manuel Valls "la situation est intolérable, insupportable pour les salariés et pour les auditeurs".

Enfin, le CSA sort de son majestueux silence pour soutenir le PDG qu'il a nommé et pour demander une médiation.

A droite, Nicolas Sarkozy parle de Radio France comme d'un "bateau ivre" fustigeant des "syndicats trop puissants enfermés dans un conservatisme archaïque" et un PDG "trop peu expérimenté devenu un bouc émissaire" . Venant de Nicolas Sarkozy le propos a de quoi s'étonner car il a nommé Mathieu Gallet PDG de l'INA en 2010 après que ce dernier, directeur adjoint du cabinet du ministre de la Culture, a mis en musique les principales réformes de la droite en matière d'audiovisuel public comme la fin de la publicité sur France Télévision et la nomination des PDG des entreprises concernées par l’exécutif. Mais l'occasion est trop belle pour attaquer le gouvernement et François Hollande alors Nicolas Sarkozy se lâche et lâche Mathieu Gallet.

Qui décide ? Qui contrôle ? Qui assume ? Chacun se renvoie la balle tout en défendant jalousement son périmètre. Nous sommes bien devant un problème politique où consanguinité rime avec irresponsabilité, ni responsable, ni coupable chacun veut exercer le pouvoir et tout le monde a son mot à dire avant de se défausser, alors que le devis des travaux de la maison de la radio passe de 176 à 584 millions d'euros.

Depuis 2003, date où ces travaux ont été décidés, nous avons connu 4 PDG de Radio France, 6 ministres de la Culture, 11 ministres des Finances, 6 premiers ministres, 3 présidents de la république. Aujourd'hui Radio France est en déficit après 40 ans de bénéfices pour un coût modique : 26 euros par an et par foyer soumis à la redevance, pas plus mais depuis 2012 l'Etat n'honore pas tous ses engagements financier. 87,5 millions d'euros promis à Radio France n'ont pas été versés. Pour tenter d'arranger les choses, la direction - appuyée par la tutelle - annonce un plan de départs volontaires. L'on envisage de dépenser des dizaines de milliers d'euros d'argent public pour que des salariés ne travaillent plus au lieu d'embaucher quelques pigistes et des CDD essorés par des années de précarité. Mais que dirait ce gouvernement de gauche si une entreprise privée osait se comporter ainsi ?

La crise que traverse Radio France résulte de lentes dérives, d'une vision court-termiste, d'une instabilité provoquée par la droite et la gauche, d’une absence de ligne claire et cohérente de ce que doit être votre radio publique aujourd'hui. Pour vous qui nous écoutez et qui nous financez.

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