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Le ministre, les illettrées et ceux qui font semblant de ne pas comprendre

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Un ancien de la banque Rotschild, énarque, devenu ministre des finances à 37 ans qui traite des ouvrières menacées de licenciement d'illettrées, pour la gauche de la gauche, l'UMP, et un certain nombre de journaux il ne fallait pas laisser passer l'occasion.

D'abord que disait précisément Emmanuel Macron hier matin sur Europe 1 : "il y a la société Gad : il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées". Mais lefigaro.fr, comme d’autres, a une vision « extensive » de la déclaration : « Macron crée la polémique en qualifiant LES salariées des abattoirs Gad d'illettrées »... Pour le député breton Marc Le Fur : "après les sans dents du Président les illettrés du bobo parisien M. Macron" . Marie-Georges Buffet y voit carrément "le mépris d'Emmanuel Macron pour LES FEMMES OUVRIERES" . On n'est plus à une généralisation près.

Soyons clairs : la formulation d'Emmanuel Macron est abrupte, c'est sûr elle change de la langue de bois qui a court trop souvent dans les interviews politiques. Cette formulation est difficile à entendre mais la situation est difficile. Selon l’INSEE, en 2011 11% des 18-65 ans en France métropolitaine avaient des "difficultés graves et fortes à l’écrit" . La situation est difficile aussi chez GAD au point, comme nous le racontait Ouest-France le 9 avril dernier, qu’en 2010 la direction a ouvert des modules de formation continue pour ses ouvriers, en lecture et écriture.

Et hier, que regrettait Olivier Le Bras, ancien délégué syndical FO chez GAD licencié l’été dernier dans le Télégramme de Brest ? "Il aurait dit que pour une minorité d'ex-salariés de Gad, l'illettrisme constitue un frein, je n'aurai rien eu à redire". Il juge les propos du ministre "plus maladroits qu'autre chose".

Les opposants politiques au nouveau ministre connaissent très bien la situation. Il y a 1 an, lors de sa convention Education, l’UMP nous rappellait ces chiffres du conseil économique et social affirmant que 40% des élèves sortent du CM2 sans savoir ni lire ni écrire correctement mais hier la déléguée au projet Valérie Debord qui avait coordonné cette convention dénonçait "une gauche d'en haut méprisante et blessante".

Les politiques professionnels ont su récupérer efficacement les propos du nouveau ministre pour en faire une nouvelle affaire Macron poussant ce dernier à s’excuser devant l’Assemblée Nationale. Il n’a pas seulement fait part de ses « regrets » comme le font trop souvent les politiques, il a présenté « ses plus plates excuses ». Ceux qui ont très bien compris ce qu'il voulait dire mais qui ont fait semblant d'entendre autre chose feraient bien d'en faire autant.

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