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Le mythe de l'union sacrée

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Puisque la guerre est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux militaires et parce que la République implique la soumission de l'armée au pouvoir politique, c'est donc François Hollande qui a décidé de frapper l'Etat islamique en Irak. A quinze heures, les parlementaires débattront de cet engagement comme le prévoit la constitution mais débattront sans vote. C'est un débat pour du beurre mais n'oublions pas que nous sommes au coeur du domaine réservé du successeur du général De Gaulle qui ne voulait pas conditionner l'action extérieure de la France à un débat politicien et partisan.

Voici donc le pouvoir politique en décision sauf que, précisément, l'on ne perçoit pas la vision politique de cette entreprise militaire : quels buts de guerre ? Quel avenir pour l'Irak ? Quel positionnement par rapport à Bachar el Assad ? A l'Iran de Rohani ? Aux monarchies du golfe et la Turquie, nos alliés si longtemps ambivalents avec les mouvements islamistes ? Quelle place pour la Russie acteur-clé de 2 crises internationales majeures ? Comment ne pas apparaître à la remorque des Américains qui donnent le la pour y aller ou pour ne pas y aller comme il y a un an en Syrie ? Le budget de la Défense au régime sec est-il suffisant ? Pas de véritables réponses.

Hubert Védrine explique régulièrement que sans vision politique les actions militaires ne permettent que de faire la moitié du chemin. Dominique de Villepin rappelle que la situation a empiré en Irak ou en Libye faute d'un projet politique des coalitions. Les députés le savent, d'où ces quelques voix critiques à droite comme l’UMP Alain Marsaud, ce soutien prudent des Verts et certains socialistes, ces interrogations des communistes. C'est pour cela qu'il n'y pas de vote. Face aux djihadistes qui menacent d'assassiner un français otage en Algérie, face aux alliés, face à l'opinion publique et en plein cafouillage sur l'interpellation manquée de trois djihadistes présumés, la représentation nationale ne peut afficher ses divisions donc il n'y aura pas de vote.

Il y a un an les communes avaient humilié le premier ministre britannique. Consultées par Cameron sur la Syrie, elles s'étaient vengées de Blair en Irak. Si un vote avait lieu tout à l'heure les opposants à François Hollande répondraient-ils vraiment à la question posée a fortiori sans disposer de véritables réponses politiques ? Le gouvernement pourrait-il se contenter d'un consensus qui, même large, n'aurait rien d'une union sacrée ?

On va donc faire semblant, la preuve le débat a lieu cinq jours après le début des frappes.

Cent ans après le début de la Grande guerre, l'union sacrée ne saurait souffrir une fronde.

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