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Le parler-vrai et la langue de bois

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Samedi après-midi à Paris au meeting de Sens Commun – une association proche de l'UMP issue de la Manif pour tous – Nicolas Sarkozy a lâché à l’assistance qu’il proposait « l’abrogation » de la loi Taubira. Ajoutant « ça ne coute pas cher » .

« Il parle cash Sarko » comme disent ses lieutenants. Il parle vrai. Souvenon-nous de la campagne de 2007 "je dis ce que je fais et je fais ce que je dis" . En 2014 ça nous donne à peu de choses près "vous voulez l'abrogation, ben y'aura abrogation" .

Abrogation, voilà le mot concédé à la foule... Un mot fort en droit français, riche de sens politique, qui fait dire sur twitter à l'abbé Pierre Amar jeune prêtre anti-mariage gay très présent dans le débat que ce meeting a « détruit un mythe : le sens de l'histoire et l'inéluctable en politique » .

Désolé mon Père, si l'on en croit la sémiologue Elodie Mielczarek interrogée sur France Info le lundi 17 novembre, « ce n'est pas parce que l'on est dans le parler vrai que l'on n'est pas dans la langue de bois » . Le parler-vrai chez Nicolas Sarkozy et tant d'autres, c'est le recours à un mot central très fort - ici l'abrogation - avec un enrobage martial : « je serai direct, j'vous dis franchement, je n'irai pas par 4 chemins » . Peu importe la réalité de la proposition, selon Elodie Mielczarek "linguistiquement, le recours au je, l'empathie avec le public" relèvent de la communication événementielle et pas de contenu.

Tout journaliste politique un peu vigilant vous le dira : quand une femme ou un homme politique entame son propos par "franchement ", il faut se méfie. Mais c'est ainsi, hormis lors des élections, l'impact du discours politique se mesure en UBM, les unités de bruit médiatique développées à partir de 2006 par Kantar, numéro 2 des études marketing aux Etats-Unis, un entreprise qui réalise 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel. Peu importe la pertinence ou tout simplement la faisabilité d'une idée, il faut faire faire un maximum d'UBM et leur avatar numérique le "clic".

En promettant l'abrogation, Nicolas Sarkozy a promis tout et son contraire et a déçu tout le monde. Avec une réécriture qui devient une abrogation avec maintien d'un mariage pour les homosexuels sans un mot sur l'adoption, que veut propose vraiment Nicolas Sarkozy derrière un mot qui claque ?

Selon son porte-parole Gérald Darmanin, le candidat à l'UMP ne parlera plus du mariage pour tous dans ses prochains meetings et ce sont les militants qui devront voter.

Oui, le parler vrai devient le parler rien.

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