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Le péché originel de Marine Le Pen, par Stéphane Robert

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Elle n'avait pas le droit, Marine Le Pen...Pas le droit de suspendre son père de sa qualité d'adhérent du Front National. Ca, c'était la décision de justice de la semaine dernière.Pas le droit non plus d'organiser un congrès par correspondance, auprès des militants, pour supprimer le statut de président d'honneur dont bénéficie Jean Marie Le Pen. Ca, c'est le jugement rendu, hier, par le tribunal de grande instance de Nanterre...

Jean-Marie et Marine le Pen lors du meeting du FN le 1er mai 2015 devant l'opéra de Paris
Jean-Marie et Marine le Pen lors du meeting du FN le 1er mai 2015 devant l'opéra de Paris Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

La justice estime qu'il n'a pas pu se défendre face aux décisions prises à son encontre. Et demande donc que soit organisé un véritable congrès, physique, au cours duquel il pourra prendre la parole.Ce qui a suscité ce commentaire, sur tweeter, de l'avocat et député proche de Marine le Pen, Gilbert Collard : "cela va être physique", dans une allusion aux discours musclés et aux débats tendus que ce congrès devrait susciter, s'il est effectivement organisé...Cette fois, le coup est difficile à encaisser pour la présidente du mouvement qui a d'ores et déjà annoncé qu'elle faisait appel. Elle n'avait apparemment pas envisagé cette éventualité. Car elle avait expliqué, la semaine dernière, après la première décision de justice, que ça ne changeait rien à l'affaire. Puisqu'il y a avait le vote des militants et que son père, au bout du compte serait quoiqu'il arrive mis sur la touche. La page pour elle était déjà tournée... C'était compté sans la détermination du patriarche et sans sa remarquable expertise des procédures judiciaires. La mise à mort, si mise à mort il doit y avoir, devra donc avoir lieu dans une arêne, en public, avec une Marine Le Pen dans le rôle du matador. Et son père Jean Marie dans celui du taureau prêt à vendre chèrement sa peau.Pour la présidente du FN, ce nouveau rebondissement est assez délétère...Déjà, elle apparait dans un rôle de parricide maladroite, qui ne sait pas comment s'y prendre, qui ne maitrise pas vraiment l'aspect procédurier de la manoeuvre alors qu'elle est avocate. Et puis elle montre là qu'elle a du mal à imposer son statut de chef incontestable face à la figure paternelle. Alors que lui reste apprécié par un grand nombre de militants. Et il apparait de plus en plus comme la statue du commandeur, indéboulonnable, rappelant à son héritière ce qu'a été le FN pendant 40 ans et ce qu'il est encore, en partie, aujourd'hui : un mouvement d'extrème droite, libéral, xénophobe, contestataire, anti-système, contre révolutionnaire.D'ailleurs, Jean Marie Le Pen se présente comme le garant de ce FN historique, que sa fille, emmené par son premier lieutenant, Florian Philippot, voudrait petit à petit arracher à ses racines.Et il est peut être là, le pêché originel de Marine le Pen.Faire accroire, à travers la stratégie de dédiabolisation, que son parti n'a pas de racines, pas d'histoire, qu'il peut comme ça se couper de son mythe fondateur, encore vivant, malgré ses 87 ans.Alors qu'une des valeurs fondamentales qui réunit les militants du Front National est précisément cet attachement à la souche, aux racines, à l'histoire et aux mythes fondateurs d'une France érigée comme éternelle.Ce que révèle cette bataille, qui vire au drame entre le père et la fille, est donc une schyzophrénie. Avec une stratégie de conquête du pouvoir qui apparait de plus en plus comme une négation des valeurs que défend encore et toujours le mouvement. Alors y-a-t-il là en germe une fracture inévitable ? On verra. En tous cas, il semble aujourd'hui que Marine Le Pen n'évitera pas la bataille pour faire gagner son courant...

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