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Le retour de la politique à la Commission Européenne

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« Le grand talent de Barroso est qu'il ne fait rien et qu'il ne dit rien mais qu'il sait ne rien dire en 6 langues différentes » confiait il y a quelques années un membre de la convention Giscard d’Estaing chargée de rédiger la constitution européenne.

José Manuel Barroso est resté président de la commission européenne pendant 10 ans. C'est long. Pour demeurer si longtemps à ce poste, il faut soit en imposer aux chefs d'états et de gouvernements, soit les laisser tranquilles et ne pas leur faire de l'ombre Jacques Delors fait partie de la première catégorie et José-Manuel Barroso de la seconde. En effet Chirac puis Sarkozy, Blair puis Brown, Schroeder puis Merkel, Berlusconi et Prodi ont vite repéré dans l'ancien premier ministre portugais ancien mao devenu bushiste, l'homme idéal qui n'allait pas les déranger. Pari gagné, ces années ont été celles de l'immobilisme à la commission, celles de la stabilité se défendait Barroso, une période pendant lesquelles le conseil, c'est à dire l'intergouvernemental, a pris le pas sur la commission c'est à dire le supranational notamment au plus fort de la crise de 2008-2009. Mais depuis 7 mois cela semble bel et bien terminé. Avec Jean-Claude Juncker et ses commissaires souvent anciens ministres ou premiers ministres, la politique est de retour elle est même présente comme jamais. Lui ne s'efface pas devant les représentants des peuples, il les embrasse, les serre dans ses bras, leur tapote le ventre, leur réajuste leur noeud de cravate comme on a pu le voir dans une vidéo hilarante sur Canal Plus. Au Berlaymont (l’imposant bâtiment de la commission) les directeurs apprécient sa façon de faire : dans sa relation avec Tsipras pour essayer de régler la crise grecque, dans sa relative indulgence avec le déficit budgétaire français, dans ses propositions volontaristes pour venir en aide aux migrants etc. Mais le président de la commission a encore forte affaire avec les dirigeants nationaux, son idée de quotas fait un bide et puis, au sein de la commission, chaque État continue de placer son candidat, souvent selon des considérations de politique intérieure. C’est le cas de Pierre Moscovici alors même que des eurodéputés de gauche saluaient le bilan de Michel Barnier au marché intérieur… Les chantiers ne manquent pas pour Jean-Claude Juncker. L’ancien premier ministre du Luxembourg sera-t-il intraitable avec l'évasion fiscale ? Saura-t-il s'affranchir des traités comme Mario Draghi pour favoriser une politique contracyclique qui n'ajoute pas de l'austérité à la crise ?

Le plan de relance qui porte son nom (315 milliards d’euros officiellement) milliards sera-t-il autre-chose que la réaffectation de crédits prévus par d'autres dispositifs ? Sera-ce autre chose qu'un affichage pour redorer l'image de l'Europe ? Enfin, que répond le président de la Commission Européenne à cette résolution non-contraignante de l'Assemblée nationale votée dans l'indifférence générale ? Les députés français demandent que les dépenses générées par les interventions militaires sous mandat ONU ou OTAN soient défalquées du déficit budgétaire français.

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