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Les apprentis sorciers se brûlent toujours les doigts

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Dimanche se tient donc premier tour des élections départementales avec ce drôle de scrutin de tickets paritaires une femme-un homme dans des nouveaux cantons redécoupés par un ministre de l’Intérieur nommé Manuel Valls ou plutôt par son conseiller Yves Colmou surnommé hier dans Le Parisien « l’homme qui rétrécit la gauche ». Nos confrères nous rappellent les tares congénitales de cette réforme : fin du renouvellement des départements par moitié ce qui démultiplie la tendance générale du scrutin, qualification au second tour à 12 et demi pour cent des inscrits contre 10% jusqu’ici ce qui n'est pas très malin en ces temps d’abstention record et de gauche est faible est divisée. Avec ce nouveau mode de scrutin, le gouvernement s’est piégé tout seul mais ce n’est pas la première fois et c’est une nouvelle preuve que les redécoupeurs de cantons, les tripatouilleurs de calendrier, les apprentis-sorciers des élections se brûlent toujours les doigts. Que ces réformes lancées comme des grandes avancées démocratiques avec en arrière-pensée l’espoir d’une victoire sans forcer, leur reviennent dans le visage comme le boomerang d’une défaite inattendue… 1986 : premières élections législatives à la proportionnelle sous la Vème République qui n'évitent pas la défaite de la gauche au pouvoir, 35 députés FN entrent à l'Assemblée et c’est la cohabitation. 1988 : la droite est passé par là et Charles Pasqua avec ses grand ciseaux pour le rétablissement du scrutin majoritaire mais la gauche retrouve la majorité, certes relative. 1997 : Jacques Chirac bouleverse le calendrier et dissout l’Assemblée Nationale, ses stratèges croient au bain de jouvence pour la suite du septennat, c’est la douche froide. 2002 : Lionel Jospin et Jacques Chirac (aiguillonnés par VGE) passent au quinquennat avec inversion du calendrier électoral. L’entourage du Premier ministre dont Manuel Valls et Yves Colmou y voient une réforme d’une si grande modernité et d’une si grande logique institutionnelle qu’elle va porter leur champion et son si bon bilan vers l’Elysée. Chou blanc donc… 2012 : redécoupage Marleix pour les législatives avec la création de 11 circonscriptions pour les Français de l’étranger (la 1ère Etats-Unis Canada, la 2ème Amérique centrale Amérique du sud, la 5ème Espagne Portugal et Monaco, la 8ème Italie, Grèce, Chypre, Israël, la 11ème qui couvre la moitié de la planète : la Russie, toute l’Asie et l’Océanie !) mais en juin 2012 malgré les craintes du PS la droite n’en remporte que 3 sur 11. A l’inverse, en 2011 la gauche remporte le Sénat sans aucune réforme de ce scrutin pourtant censé favoriser la droite.Moralité : la carte électorale et le mode de scrutin ne changent pas une élection. Un scrutin reste une démarche politique.

Jusqu’ici, redécoupages et tripatouillages pouvaient limiter les dégâts mais cette année cela risque d’être le contraire, reste que les scrutins sont de plus en plus illisibles pour les Français. Quand il était président, Nicolas Sarkozy confiait « les Français sont le peuple le plus politique du monde ». Il est vrai qu’avec une monarchie, deux empires, cinq républiques et quantité de réformes nous avons goûté à tout avec des cuistots très imaginatifs dans l’arrière-cuisine électorale mais aujourd’hui on frise l’indigestion ou pire… l’indifférence.

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