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Les illusions du mythe gaulliste

2 min

Il y a 44 ans, pour reprendre la formule de son successeur, la France se réveillait « veuve » du Général de Gaulle. Et 44 ans après, le grand Charles est bien plus consensuel de son vivant. Hier par exemple, la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo s’est recueillie à Colombey tout comme Florian Philippot, vice-président du FN et une délégation de son parti. De Gaulle fleuri, De Gaulle encensé, De Gaulle magnifié ! Alors que ses présumés héritiers de l’UMP se vautrent dans des affaires qu’il aurait volontiers qualifiées de cornecul, il serait une sorte d’anti-bling bling, figure d’autorité et de grandeur pour la droite, de résistance aux marchés et au libre-échangisme anglo-saxon pour la gauche. Une référence pour tous : le résistant de 1940, le sauveur d’une République ébranlée en 1958, un érudit qui savait écrire.

Mais précisément, ses grands fait d’armes expliquent aussi, en partie, la crise morale et politique que traverse la France. Car De Gaulle, c’est aussi le déni et l’illusion. En 1945, De Gaulle réussit ce tour de force de faire de la France un vainqueur de la seconde Guerre mondiale. Soixante-neuf ans plus tard, la France fait toujours partie des « 5 grands ». Arc-boutés sur une coûteuse dissuasion nucléaire et un siège permanent au conseil de sécurité, persuadés qu’ils dirigent une grande puissance écoutée par le monde entier, les dirigeants français, trop souvent, proclament leur vision et leur morale sans vouloir comprendre et analyser la situation du monde d’aujourd’hui.

En 1958, à la faveur d’une opération résurrection qui avait tout d’un coup d’état rampant, De Gaulle conforte la République en la dotant la France d’institutions solides et extraordinairement souples. Mais à l’époque, nous sommes en guerre : guerre d’Algérie et guerre froide. Les institutions épousent la vision d’un militaire déjà consacré par l’Histoire

En 2014, sans onction historique mais adoubé par le peuple, le Président de la République française se comporte toujours en monarque, il n’a de comptes à rendre à personne pendant 5 ans, ni au parlement, ni au conseil constitutionnel, ni à la justice.

Comme son frère d’armes et frère-ennemi Churchill, De Gaulle a surjoué la grandeur de la France car il savait qu’elle devenait une puissance relative.

Parce qu’il était lucide sur la situation il avait choisi d’aveugler les français et le monde.

Parce qu’ils sont incapables d’inventer un nouveau modèle, les hommes et les femmes politiques de 2014 font dans la captation d’héritage.

A s’accrocher au mythe gaulliste et à n’en retenir que les aspects positifs, ils se bercent d’illusions.

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