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"Les partis politiques, combien de militants?" par Stéphane Robert

3 min

Ca c'est une question qu'ils n'aiment pas, les partis politiques. Combien d'adhérents ? Combien de divisions pour les batailles électorales ? Comme la politique est une affaire de persuasion, il s'agit de montrer que les rangs sont bien garnis pour assoir l'idée qu'on rencontre une large assise dans l'opinion. Et il faut se méfier des chiffres que les partis avancent. Ils sont bien souvent largement surévaluer.Je vous parle de ça parce que vous avez vu, certainement, Marc, que nos confrères d'Europe 1 ont réussi à se procurer une note interne au Parti Socialiste qu'ils ont rendu public hier. Note qui révèle une véritable hémorragie de militants. Moins 60% si l'on en croit le montant des cotisations perçues entre le 1er janvier et le 31 juillet de cette année. Et les dirigeants du PS de se récrier : "Aaaaaah mais ça ne compte pas. C'est au 31 décembre qu'il faut regarder, sous-entendu "vous verrez, on en aura beaucoup plus". On peut se livrer à un rapide petit calcul si vous le voulez bien. Vous prenez 560 000 euros, montant des cotisations perçues par le PS au 31 juillet. Que vous divisez par 20 euros (c'est le prix quand vous adhérez la 1ere année). Et ça vous donne : 28 000. 28 000 personnes qui auraient versés un peu d'argent pour se revendiquer militant. Or le PS revendique encore aujourd'hui 168 000 militants. On est très loin du compte...On peut faire la même chose avec l'UMP. Officiellement 268 000 adhérents vont voter, le 29 novembre prochain, pour élire le nouveau président. Or nous disposons, là encore, d'un document qui permet de faire une petite vérification. C'est l'audit financier réalisé au mois de juin suite à l'affaire Bygmalion. Dans cet audit, vous pouvez voir le montant des cotisations perçues sur plusieurs années. On oscille entre 2 millions et 2 millions 800 000 euros. Maintenant prenez le montant d'une cotisation : 15 euros pour les chômeurs et les étudiants, 30 euros quand vous avez des revenus normaux. Vous faites une moyenne, 20/22 euros, et vous divisez. Résultat : 120 / 130 000. Là encore, on est loin du compte. L'UMP a décidément, encore et toujours, bien du mal avec les chiffres. Chiffres, bien souvent, impossible à vérifier puisque ce genre de documents, on en n'a pas tous les quatre matins.Alors vous me direz, comment se fait-il qu'ils puissent avancer des chiffres aussi fantaisistes et qu'on ait autant de mal à vérifier ?...Ca vient du fait qu'un parti politique ne dispose d'aucun statut juridique particulier. Et surtout que l'Etat, la société, c'est à dire nous, n'avons aucun droit de regard sur leur fonctionnement. C'est inscrit dans la constitution de 1958. C'était à l'époque une volonté du général de Gaulle. Parce qu'il y avait à ce moment là une possibilité que le Parti Communiste arrive au pouvoir 'il était très puissant) et qu'il essaie de mettre en place, comme dans l'Union Soviétique, un régime totalitaire. Et les législateurs, De Gaulle en tête, estimaient qu'il fallait préserve l'autonomie des partis et faciliter le travail des opposants, au cas où, on n'est jamais trop prudent... La conséquence, c'est que ça entraine toutes les dérives possibles et imaginables, notamment quand on sait que les partis utilisent beaucoup les procurations lors des élections. Dérives aussi en terme de gestion des finances. Alors, pour ce qui concerne le financement des partis, il y a eu plusieurs lois pour essayer de mettre un peu d'ordre dans tout ça. Mais ça n'a pas tout réglé, loin de là, l'affaire Bygmalion en est l'illustration... Et on peut se demander comment des partis au fonctionnement aussi opaque, aussi inaccessible aux citoyens, peuvent légitimement prétendre faire vivre notre démocratie ? Question qui se pose avec d'autant plus d'acuité que le rejet de la classe politique grandit dans l'opinion et se traduit, au fil des échéances électorales, par de plus en plus d'abstention...

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