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L'infranchissable mur au pied duquel campent les frondeurs

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par Stéphane Robert.Le débat promet encore une fois d'être musclé lors des discussions sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale 2015 qui débutent aujourd'hui à l'Assemblée. Puisqu'il s'agit de faire des économies dans le cadre de la réduction des déficits publics. Et ce qui fait débat, c'est la toute récente décision du gouvernement de moduler les allocations familiales en fonction des revenus. Si vous gagnez plus de 6000 euros par mois, vous toucherez moins que les autres.

Vent debout contre cette mesure : la droite, qui estime qu'il ne faut pas toucher à la politique familiale et qu'on va encore une fois diviser les français. Elle promet une guérilla dans l'hémicycle. Le Front de Gauche également veut dégainer les mitraillettes, estimant qu'on touche là à l'universalité des droits.Les écologistes et les radicaux, eux, sont partagés.Reste la majorité socialiste et la question des frondeurs, encore une fois …Les frondeurs, ces 30 ou 40 députés qui se sont abstenus au printemps lors du vote sur les 50 milliards d'euros d'économie et qui ont remis ça lors du vote de confiance demandé par Manuel Valls à l'Assemblée, début septembre.Que vont faire les frondeurs ?Ca ne leur plait pas cette modulation des allocations familiales en fonction des revenus. Non pas que c'est une mauvaise mesure pour réduire les déficits, c'est même la moins mauvaise dit l'un d'entre eux. Mais ce qu'ils souhaiteraient, c'est qu'on ne touche pas au budget famille. Qu'on prenne plutôt dans le cadeau de 40 milliards qu'on fait aux entreprises.Alors pour protester, ils envisagent de s'abstenir, encore une fois. Comme ils devraient le faire cet après midi lors du vote sur la 1ere partie du projet de loi de finances discuté depuis la semaine dernière.Certes, ils se sentent revigorer par les prises de position de Martine Aubry, ce week-end. Mais ils ne vont pas voter contre, non, s'abstenir, ce qui équivaut à donner quitus tout en disant qu'on n'est pas d'accord.Il ne faudrait pas contraindre le gouvernement à utiliser la procédure du 49.3, le passage en force qui consiste à engager la responsabilité de l'exécutif. Ce serait enclencher le mécanisme d'une éventuelle motion de censure. Et ils n'iront pas jusqu'à la motion de censure.Pourquoi? Parce que ça conduirait à une dissolution de l'Assemblée. Et compte tenu de la popularité actuelle des socialistes dans l'opinion, la plupart d'entre eux ne seraient pas réélus. Ils sont au pied du mur en quelque sorte. Et ils campent là, en criant à hue et à dia qu'ils vont passer par dessus, tout en sachant qu'ils est infranchissable, ce mur. Parce que derrière, il y a le spectre du chômage qui se profile …En fait c'est quoi les frondeurs ? Ce sont des professionnels de la politique qui ont peur de perdre leur emploi.Et ils voient arriver l'échéance à grande vitesse. Les cantonales et les régionales s'annoncent catastrophiques pour le PS. Et derrière, il y a les législatives. C'est dans deux ans et demi. Et si l'on continue comme ça, il est fort à parier que les électeurs leur signifieront la fin de leur contrat à durée déterminée. C'est pour ça qu'ils crient très fort à l'Assemblée. Ils n'ont le choix qu'entre perdre leur boulot tout de suite, ou dans deux ans et demi...Alors oui, le débat promet encore une fois d'être musclé à l'Assemblée. On aura des protestations et des gesticulations. Mais au final, ils ne briseront pas le contrat, car vous le savez comme moi, quand on est en CDD, c'est le patron qui a toujours raison...

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