LE DIRECT

A l’UMP, le jour où la guerre a commencé

3 min

« Je vais te tuer » « Tu sais où me trouver » Cet échange du mois de septembre entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, rapporté par le Canard Enchaîné est devenu réalité. Samedi 22 novembre, Nicolas Sarkozy s’en est allé trouver Alain Juppé chez lui sur les rives de la Garonne et l’assistance ultra-sarkozyste a hué le maire de Bordeaux sans que jamais l’ancien Président de la République n’intervienne pour faire taire les sifflets. Dans la foulée, le principal collaborateur d’Alain Juppé s’est laissé aller sur twitter à quelques messages bien sentis. Gilles Boyer y parle notamment d’une « journée fondatrice » . C’est vrai, si la guerre Sarkozy-Juppé doit avoir lieu, elle a débuté ce samedi 22 novembre à Bordeaux sans que personne n’ait encore pu en mesurer les conséquences comme personne n’avait pu mesurer les conséquences en chaîne de l’assassinat de l’archiduc à Sarajevo. Sauf que 100 ans après nous ne parlons heureusement que de meurtres politiques. Mais après Chirac-Giscard, Chirac-Balladur, Sarkozy-Villepin et Fillon-Copé se préfigure le duel Sarkozy-Juppé. Un duel d'hommes, un duel politique. Juppé, humilié et sifflé chez lui à Bordeaux 24 heures après que Bernadette Chirac l'a snobé à Paris, est blessé et il voudra sa revanche sur Nicolas Sarkozy dont il a toujours admiré l'audace sans limites. Nicolas Sarkozy, qui lui a toujours reconnu une intelligence supérieure à la moyenne, voudra la tête du seul qui puisse véritablement lui barrer la route.

Mais au-delà de ce duel d’hommes, ce sont donc deux projets qui s’opposent. Nicolas Sarkozy, anti-élites et donc anti-Juppé, se veut plus clivant que jamais, oublié le rassemblement de l'entrée en campagne, s’il doit y avoir alliance avec les Centristes, il faut qu’ils soient alliés « matin midi et soir » . Encore plus qu’en 2012, Nicolas Sarkozy verse dans l'euroscepticisme, il veut réduire de 50% des prérogatives de l'Union Européenne et retirer à la Commission son pouvoir législatif. Il veut en finir avec Schengen, l’assistanat et les blocages que provoqueraient les corps intermédiaires. Juppé, pourtant libéral en économie, se pose lui en rassembleur modéré soucieux de ne pas braquer la société française, lui qui a mis des millions de personnes dans la rue en décembre 95. Enfin, il défend ardemment l'alliance avec le Centre. Telle une guerre de tranchées, boueuse et poisseuse, la guerre Sarkozy-Juppé risque de cheminer jusqu’à 2016 à coups d’escarmouches meurtrières. Nicolas Sarkozy compte jouer le parti pour éviter les primaires. Alain Juppé veut jouer le pays pour s'y imposer. La guerre est déclarée mais attention, nous ne sommes qu'en 2014, il peut encore se passer beaucoup de choses et ses deux protagonistes pourraient tous les deux tomber sur le champ de bataille.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......