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Manuel Valls et les mots qui fâchent

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Le Premier ministre a effectué un drôle de demi-tour dimanche matin sur I-Télé en évoquant l’attaque d’une usine chimique dans l’Isère.

Le 9 janvier au soir, après le dénouement tragique de l’attaque de l’Hypercasher, il déclarait « c’est une guerre contre le terrorisme, ce n’est pas une guerre contre une religion, ce n’est pas une guerre de civilisation » . Dont acte. Mais dimanche le changement de ton était conséquent : « c’est une guerre de civilisation » .

Le doute de l’orthographe peut profiter à Manuel Valls. « Guerre de civilisation » au singulier peut laisser croire que des barbares déclarent la guerre à l’idée même de Civilisation, à l’Humanité, mais « guerre de civilisations » au pluriel (comme l’écrit Jean-Christophe Cambadélis sur twitter en soutien au Premier ministre) laisse entendre que deux civilisations sont entrées en conflit. Que les terroristes ont rang de civilisation avec des codes, des valeurs, des lois, une hiérarchie, une culture. Après un an de vie sous Daesh dans certaines zones du Moyen-Orient, c'est leur faire un bien grand honneur.

Ce n’est pas la première fois que Manuel Valls emploie improprement des termes historiques, il avait déjà parlé d’un apartheid dans certains quartiers, sauf que l’apartheid était un système politique institutionnalisé, constitutionnalisé et pratiqué par l’Etat avec des discriminations codifiées ; ce n'est pas le cas en France. Dans un registre très néo-conservateur il avait aussi parlé d’islamo-fascisme sauf qu’il y a des différences majeures entre le fascisme et le terrorisme islamiste. Le fascisme n’étant pas, par essence, destiné à porter le conflit à l’extérieur et à faire des émules, cela étant plutôt une caractéristique du nazisme.

A vouloir parler vrai, Manuel Valls parle cru. Il prend le risque d’être mal compris et d’obtenir l’inverse de ce qu’il souhaite, surtout qu'après avoir parlé de guerre de civilisation, il s'est empressé de préciser que Daesh tuait avant tout des musulmans et que Daesh n'était pas l'islam.

Mais le mal est fait. A mal reprendre des concepts forts, il risque de cliver et d’inquiéter encore une plus une société déjà soumise à une pression intense. Car le terrorisme est un gigantesque test d’effort pour éprouver la résistance de notre société. Nul besoin d’augmenter la pression en utilisant des mots mal à propos, François Hollande l'a bien compris, très prudent quand il s'agit de caractériser les drames qui ont endeuillé la France.

Même Florian Philippot, pour le Front National, a dénoncé le discours bushiste du Premier ministre ! Finalement, Manuel Valls s'est attiré les félicitations... des sarkozystes ! Trop heureux de le voir reprendre les mêmes propos que leur champion en janvier dernier façon "qui avait raison ? On vous l'avait bien dit".

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