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Mitterrand, Hollande, les ombres de deux Présidents

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Deux ouvrages sortis sont consacrés aux deux Présidents socialistes de la Vème République : Les ombres d’un Président de François Bazin à propos de François Hollande et François Mitterrand de Michel Winock.

Il est toujours difficile de comparer les hommes et plus encore les époques mais l'on est frappé par certaines similitudes dans le parcours : une enfance heureuse et bourgeoise, des pères très à droite l’absence de convictions socialistes chevillées très jeune, l'absence d'une solide formation intellectuelle de gauche à la différence des Rocard, Jospin, Chevènement ou Mauroy pour Mitterrand, Cambadélis, Bartolone ou Hamon pour Hollande. Michel Winock nous raconte le parcours sinueux de Mitterrand « enfant barrèsien » devenu « républicain modéré » puis premier secrétaire du parti socialiste. François Bazin nous parle d’un Hollande « républicain progressiste » avant tout.

Tous deux sont les rois de l’ambiguité, des ambiguités : vies privées complexes, alliances contre-nature, synthèses inattendues, besoin d'évasion par la culture par la promenade. Pour Winock Mitterrand n’est «pas un visionnaire» au plan intérieur et pour Bazin, Hollande construit son quinquennat par « ajustements successifs » . Les deux choisissent la rigueur au nom de l’Europe et trouvent l’accomplissement de la relation franco-allemande dans l'Europe de l’euro et dans la gestion des crises avec Moscou, missiles SS20 en 1982, Ukraine en 2015.

Mais leur grande différence réside dans leur pratique des institutions et leur début de mandat. Pour François Bazin, l’anti-sarkozysme de François Hollande a constitué l'essentiel de sa campagne par conséquent, après son élection, le chef de l’Etat ne comprend pas la logique institutionnelle. Il nomme un premier ministre ton-sur-ton qui ne lui apporte aucune plus-value. Les premiers mois du gouvernement Ayrault se limitent à détricoter les mesures sarkozystes quitte à les réintroduire un peu plus tard comme la fin de la clause de compétence générale des collectivités locales, la hausse de la TVA, le report de l'âge de la retraite. Ces débuts n’auront rien à voir avec les premiers mois du couple Mitterrand-Mauroy complémentaire et hétérogène : abolition de la peine de mort, nationalisations, retraite à 60 ans… Dès le premier jour l’auteur du coup d’Etat permanent ravale son anti-gaullisme pour se glisser avec bonheur dans le costume du roi en son palais.

Reste aux deux François une capacité incroyable à endurer et à rebondir, une résilience hors du commun et un darwinisme politique absolu. Dans son épilogue, Michel Winock cite Paul Thibaud l’ancien directeur de la revue Esprit qui écrit Mitterrand « a tenté de sauver sa personne de l’échec de son œuvre » et François Bazin voit Hollande comme « un président qui voudrait ne pas l'être et qui aspire pourtant à le demeurer ».

Michel Winock rappelle aussi les propos très durs de Jean-Marie Colombani à la mort de Mitterrand : « le lyrisme social a pour envers l’enracinement du chômage. L’engagement anti-raciste l’installation à demeure du FN dans le paysage politique. Le souci démocratique la perpétuation de cette monarchie républicaine qui nourrit la désaffection civique » . Vingt ans après, ces mots conviendraient exactement pour décrire la France de François Hollande.

François Mitterrand Michel Winock, éditions Gallimard

Les ombres d'un président François Bazin, éditions Plon

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