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Parité ne veut pas dire égalité, par Stéphane Robert

2 min

Non.Et pourtant, les élections départementales, dans moins de 3 semaines, visent à corriger un phénomène qui perdure en France : la sous-représentation des femmes en politique.Les Conseils Généraux, qu'on appelera désormais Conseils Départementaux, en étaient un exemple flagrant. Puisqu'il n'y a actuellement que 14% de femmes dans ces assemblées. Et pour vous donner un exemple un peu plus concret. Prenez... tiens, au hasard... le Conseil Général du Haut Rhin en Alsace. Vous avez 31 élus, dont 29 hommes, et 2 femmes. Et encore, la deuxième femme n'est arrivée qu'en 2013 à la faveur de la démission d'un de ces messieurs. Inutile de vous dire que les débats au sein de cette assemblée, quand ils durent un peu, tournent parfois à la grivoiserie franchouillarde, un peu lourdingue et pas toujours amène à l'endroit de la gent féminine. Genre : "les bonnes femmes : aux fourneaux. De toute façon, c'est ce qu'elles savent faire de mieux..." Je vous assure que j'invente à peine...Afin de changer ça, on a complètement bouleversé les règles pour ces élections départementales de 2015.On a pris tous les cantons. On les a regroupés, deux par deux, ce qui fait qu'on passe de 4000 cantons à 2000. Et on a décidé que, dans chacune de ces nouvelles circonscriptions, on allait élire deux conseillers départementaux, un binôme, un homme et une femme.Mathématiquement, c'est imparable. Au lendemain du 29 mars, vous aurez, dans les nouvelles assemblées, la parité : autant d'hommes que de femmes.Seulement, parité ne veut pas dire égalité. Le machisme en politique a la vie dure et on va certainement s'en apercevoir au lendemain du second tour le 29 mars. C'est ce que nous dit le Haut Conseil à l'Egalité entre hommes et femmes dans un rapport rendu la semaine dernière. Rapport qui prend pour exemple les élections municipales de l'année dernière. Que s'y est-il passé ? Pour instaurer la parité, comme c'était un scrutin de liste, la règle était qu'il y ait une alternance au sein de chaque liste. Si vous aviez un homme en tête de list, il fallait une femme en 2ème position, puis un homme en 3ème, puis une femme en 4ème ... etcetera ... etcetera ...Et on y est presque arrivé. Puisqu'aujourd'hui, vous avez 48% de femmes dans les Conseils Municipaux, 52% d'hommes.Mais si vous regardez combien de femmes sont maires d'une commune aujourd'hui. Vous n'en trouvez que 16%. Et si vous regardez les présidences d'intercommunalités, qui sont une émanation des conseils municipaux, c'est pire : moitié moins, 8%.Ce qui signifie qu'on veut bien qu'une femme soit élue, pas de problème. Mais quant à leur confier des responsabilités... "ah oui ... mais là ... faudrait quand même pas pousser ... vous êtes sûr qu'elles en seraient capables?..."Et c'est ce qui devrait se passer au lendemain du 29 mars. Combien de femmes deviendront présidentes des Conseils de Département ? Combien de femmes, même, se verront confier une vice-présidence à travers laquelle on vous octroie la responsabilité d'une partie de la politique menée par le département ?Vous verrez que nous serons loin du compte. Et qu'on entendra encore quelques réflexions désobligeantes. Même si, on peut quand même l'espérer, elles seront peut être moins nombreuses qu'auparavant...

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