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Plus il y a de violence, moins il y a de sens. Par Stéphane Robert

3 min

Il y a en ce moment une violence inhabituelle dans la parole de nos responsables politiques. Une violence qui semble-t-il va crescendo, au fil des mois, au fil des semaines, au fil des jours même.Dernier exemple en date, hier. Cette passe d'armes entre le député UMP de Tourcoing, Gérald Darmanin, qui a traité Christiane Taubira de "tract ambulant pour le FN". Ce à quoi la ministre de la justice a répondu que ces propos étaient des "déchets de la pensée humaine".Un peu plus tôt dans la matinée, le député UMP Jérôme Chartier parlait de "massacre fiscal" dans le journal le Figaro, à propos de l'augmentation des impôts depuis 2012. La veille, mardi soir, le ministre de l'économie, Emmanuel Macron, assurait qu'il n'y aurait pas de "carnage social" dans le plan de redressement du groupe Areva.Et on peut multiplier les exemples. Manuel Valls est coutumier du fait. Il a récemment évoquer "l'apartheid social" qui règnerait dans les quartiers dits sensibles. Marine Le Pen également. Ses discours sont régulièrement émaillés de mots comme "désastre", "catastrophe", "viol démocratique"...Or les mots ont un sens, comme dirait l'autre. Alors qu'est-ce que peuvent bien nous dire tous ces mots, extrèmement violents ? (massacre, désastre, carnage, apartheid)...Alors déjà ils permettent à leurs auteurs de faire le "buzz", d'exister médiatiquement. Ces expressions attirent les micros et les caméras en celà que bien souvent, elles visent à briser un certain nombre de tabous pour soi-disant décrire une réalité.Et là, je vous renvoie à l'analyse qu'en fait le politologue Thomas Guénolé. il décrit cette technique de discours politique comme une "valse à 4 temps". Je vous résume la chose. Ca consiste à employer une expression particulièrement violente, reprise par tous les médias. Ca fait réagir la classe politique. Ensuite l'auteur dément : "ça n'est pas tout à fait ce qu'il a voulu dire, on a sorti la phrase de son contexte..." En attendant, il s'est installé au centre de l'espace médiatique. Attention, quand même, dit Guénolé. Il faut une certaine maitrise de la technique, ça ne marche pas à tous les coups et ça peut être un peu risqué.Maintenant, au delà de ce pur aspect technique, on peut peut être voir dans ces insultes que se renvoient les politiques, et plus généralement dans cette violence sémantique, un certain vide de sens.Car oui, à priori, les mots ont un sens. Et quand on en arrive à les dévoyer pour décrire une réalité. Ou quand on en arrive à s'insulter pour se parler, c'est qu'on a plus grand chose à dire, plus véritablement de pensée à exprimer.Et c'est peut-être bien le drame, aujourd'hui, de la parole publique. Qu'est ce que nos responsables politiques ont à dire aux français ? Quel projet de société leur proposent-ils ? Pas grand chose...Le secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat, Thierry mandon, semble s'en rendre compte quand il en appelle à un "ressourcement démocratique" dans une interview au Figaro.Mais pour aller plus loin dans la réflexion, je vous invite à lire l'ouvrage d'un universitaire belge, François De Smet. Il a fait paraitre, il y a quelques mois, un livre qui s'intitule "Reductio ad hitlerum", sous titré "une théorie du point Godwin". C'est un livre dans lequel il essaie d'expliquer cette perte de sens qui anime aujourd'hui nos sociétés occidentales. Pour lui, les idéologies sont en train de mourir, on n'a plus rien pour se projeter dans l'avenir.La seule chose qu'il nous reste pour imaginer ce que nous voudrions que soit notre société se situe dans le passé. Et c'est en fait ce que nous voudrions qu'elle ne soit pas, à savoir, dit-il, "l'incarnation du mal absolu", le nazisme. Le nazisme qui agirait comme une sorte de repoussoir pour anticiper l'avenir.Seulement, attention, prévient-il. Le temps passe, les mémoires s'effacent. Et ce dernier rempart contre un nouveau chaos est peut être bien en train de disparaitre dans l'imaginaire collectif. Et derrière que nous reste-t-il ? rien... le vide...

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