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Popularité, tu m'auras pas !

3 min

A droite, c'est toujours le candidat le plus transgressif, le plus activiste qui s'est imposé dans son camp : Chirac en 88 et 95, Sarkozy en 2007, un rappel salutaire à tous ceux qui se gargarisent de leurs bons sondages si longtemps avant l'échéance.

Edouard Balladur pendant la campagne présidentielle de 1995
Edouard Balladur pendant la campagne présidentielle de 1995 Crédits : Charles Platiau - Reuters

Juppé égale Balladur. Nicolas Sarkozy a posé cet axiome dimanche dernier au 20 heures de France 2, cet expert en balladurisme répondait à Alain Juppé proclamant le matin "Sarkozy a le parti, moi j'ai l'opinion" proclamait le maire de Bordeaux. "Je disais ça quand je soutenais Balladur et lui Chirac avec le résultat qu'on sait" lui répondait l'ancien maire de Neuilly. Christophe Bouillaud, professeur de science politique à sciences po Grenoble rappelle qui était populaire 2 ans avant l'élection présidentielle et comment ces stars des sondages ont terminé leur parcours électoral. Le chercheur rappelle les précédents Barre et Balladur en 88 et 95, "des hommes politiques de droite, libéraux, pro-européens, éduqués, humanistes" éminents représentants du "cercle de la raison" comme aurait dit Alain Minc dont on connaît le talent à entrevoir l'avenir. Le même Alain Minc qui soutient Alain Juppé pour 2017, à sa place l’on se méfierait...

Voilà donc Alain Juppé dans le rôle du modéré de sa famille en opposition à un autre homme de droite plus raide, provocateur et tonitruant. Sauf que jusqu'ici à droite, c'est toujours le candidat le plus transgressif, le plus activiste qui s'est imposé dans son camp : Chirac en 88 et 95, Sarkozy en 2007, un rappel salutaire à tous ceux qui se gargarisent de leurs bons sondages si longtemps avant l'échéance et aux journalistes emballés par ce storytelling du "Juppé revenu de tout qui a changé".

Quand il regarde ces études d'opinion, Henri Guaino, qui déteste Juppé, rappelle que par habitude les Français detestent qu'on leur écrive les scénarios à l'avance et qu'on leur vole leur vote. "On", comprenez les médias et les sondages.

La malédiction de la popularité? Concernant Alain Juppé, Christophe Bouillaud estime "la position de centre-droit peut être populaire mais lors du premier tour présidentielle, lorsque la droite n'est pas au pouvoir, va gagner le candidat qui représente le mieux la volonté de changement au sein de la droite". Bref le plus ferme avec la gauche, le plus cogneur avec le gouvernement, le plus "valeurs actuelles", "pas vraiment mon genre de beauté" reconnaissait Alain Juppé dimanche.

Mais qu'en sera-t-il en 2017 avec la primaire ? Sera-t-elle un rendez-vous républicano-ump plutôt favorable à Sarkozy? Ou largement plus ouverte avec des électeurs du centre ? Au PS en 2011 c'est le candidat de la gauche prétendument molle qui s'était imposé alors pourquoi pas celui de la droite la moins dure en en 2016 ? En attendant, Juppé sait que la popularité ne suffit pas, que la tentation est grande de ne pas bouger pour ne pas baisser. Mardi il a donc lancé son association de jeunes soutiens en Seine Saint Denis, mercredi il a tenu une conférence sur l'Europe et dimanche il réunit ses soutiens pour un séminaire à Bordeaux. Pas question de se laisser griser par des sondages euphorisants, pas question de tomber dans le piège de la popularité émolliante.

Juppé sera-t-il lui aussi victime de la malédiction de la popularité ? Pour celui qui fut l'un des Premiers ministres les plus impopulaires de l'histoire, avouez que ce serait une prouesse :

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