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Pour la gauche, dur dur de durer

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Samedi midi au congrès du Parti Socialiste de Poitiers, Manuel Valls a cité l’adresse de François Mitterrand aux socialistes réunis en congrès à Valence en juin 1981. Le président tout juste élu se disait "certain que le PS saurait relever le défi que lui lance l'exercice du pouvoir" . Trente-quatre ans plus tard, Manuel Valls en est lui aussi persuadé même s'il reconnaît que dans un contexte de mondialisation, de numérisation et de bouleversements géopolitiques "nos analyses et solutions ont perdu de leur éclat, alors que nos ambitions n’ont rien perdu de leur splendeur. Dure équation à résoudre" .

L'adaptation de la gauche aux réalités, la responsabilité et l'exercice du pouvoir dans la durée c'est une longue et vieille histoire qui ne va pas de soi. Pierre Mauroy expliquait qu'en 1981 son obsession à lui et Mitterrand était celle de la durée. La gauche était dans l'opposition depuis 23 ans et surtout la génération de Mauroy avait été déçue par la brièveté du Front Populaire ou du gouvernement Mendès France qualifiés à chaque fois "d'expériences". Durer était donc primordial. Depuis 1981, certes, les majorités de gauche sont toutes allées à terme mais aucune n'a jamais été reconduite en 1986, 1993 et 2002.

Qu'en sera-t-il en 2017 ? La question est vertigineuse, au point que "la gauche peut mourir" selon Manuel Valls, que "le Parti socialiste pourrait venir à disparaître" dixit Jean-Christophe Cambadélis. Rue de Solférino, il y a de quoi trembler : le premier Sénat de gauche n'a duré que 3 petites années et après 40 ans de progression aux élections locales, le PS s'est retrouvé en 2014-2015 dans la situation de l'avant-Epinay.

Mais pourquoi ce sentiment persistant de rémission, de sursis à gauche ?

Soit elle a intériorisé les critiques récurrentes de la droite sur son illégitimité à exercer le pouvoir. Souvenons-nous de Jacques Chirac en 1981 pour qui l'expérience socialiste ne devait pas durer 1 an, souvenons-nous de François Baroin disant qu'en 1997 la gauche était revenue au pouvoir par effraction, souvenons-nous de certains leaders de l'UMP en 2012 pour qui François Hollande a été élu seulement parce que Nicolas Sarkozy est parti 2 semaines trop tard en campagne. Les socialistes y croient-ils en leur for intérieur ?

Soit la gauche dite de gouvernement est incapable de durer car ses orientations "euro-réalistes" l'empêchent d'accomplir ses promesses de campagne ? La gauche a-t-elle intégré cette pensée dominante voulant qu'un homme politique se révèle homme d'État quand il se convertit à l'Europe fédérale, à la monnaie unique, aux critères de convergence et au libre-échange ?

Dans les deux cas, il n'est jamais facile de durer quand l'on se soumet au jugement de l'autre ou d'une pensée dominante.

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