LE DIRECT

Qui craint le référendum ?

2 min

Depuis une vingtaine d'années, l'Union européenne accepte de plus en plus mal que ses projets soient contrecarrés par référendum. De la même façon que la guerre serait trop sérieuse pour être confiée à des militaires, la démocratie serait trop sérieuse pour être confiée au peuple. L'annonce par Alexis Tsipras d'un référendum ce dimanche en Grèce montre comment le référendum en lui-même est devenu progressivement une espèce de chiffon rouge.

Depuis une vingtaine d'années, l'Union européenne accepte de plus en plus mal que ses projets soient contrecarrés par référendum. En 1992, les Danois disent non à Maastricht. Le gouvernement danois obtient des aménagements et des dérogations du coup, en 1993, les Danois approuvent ce traité de Maastricht taillé sur mesure.

Mais moins d'une décennie plus tard, finis les accommodements. En 2001, les Irlandais disent non au traité de Nice puis sont invités à revoter le texte à l'identique un an plus tard et après une intense campagne du gouvernement, le oui l'emporte.

Oui et non du référendum grec
Oui et non du référendum grec Crédits : Isabelle Chaillou - Radio France

2005 : la France dit non à la constitution européenne. Peu importe, le traité de Lisbonne voté par le congrès en 2008 fera l'affaire. Mais en Irlande, rebelote sur ce traité rejeté en 2008 et approuvé en 2009 sans que le texte ne soit réécrit. D’ailleurs, après le rejet de 2008, le premier ministre polonais Donal Tusk a eu cette phrase terrible : "Le référendum en Irlande ne disqualifie pas le traité de Lisbonne. L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur" . Aujourd'hui Donald Tusk est président du Conseil Européen…

2011 : le premier ministre grec Papandréou annonce un référendum pour s'assurer du soutien de ses concitoyens. Fureur d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui le convainquent fermement de changer d'avis lors du G20 de Cannes, Papandréou démissionne peu après.

2015 : Tsipras annonce un référendum, l'eurogroupe réplique et cesse les négociations comme si l'idée même de consulter le peuple était une gifle, une injure. A Madrid lundi, Nicolas Sarkozy salue cette réaction et demande la fin des négociations avec la Grèce car selon lui, on en est à "sauver l'euro" .

Pourtant, l'on se souvient d'un candidat à sa réélection en 2012 qui promettait - et qui promet encore - de recourir plus fréquemment au referendum après s'en être abstenu pendant tout un quinquennat. Un candidat prêt au bras de fer avec l'Union Européenne pour réformer Schengen quitte à consulter le peuple. Pendant ce temps, François Hollande prend acte du référendum Tsipras "C'est son choix souverain (...) c'est la démocratie" . Le minimum syndical d'un président qui n'a pas eu recours non-plus au référendum depuis son élection.

Le référendum devient donc par lui-même un débat. La question importe peu, c'est le principe même de la consultation qui est - c'est selon - un épouvantail, une carte dans une négociation ou un principe de gouvernance.

Bandeau Grèce
Bandeau Grèce Crédits : Annett Seidler - Fotolia
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......