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A quoi joue François Fillon ?, par Frédéric Says

3 min

Au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, François Fillon avait tout pour être le leader naturel de la droite. Que s'est-il passé ?

François Fillon
François Fillon Crédits : Christian Hartmann - Reuters

Quand les historiens examineront notre époque - et s’ils ont le temps de faire quelques heures supplémentaires -, il faudra qu’ils se penchent sur le cas de l’ancien premier ministre : comment est-il possible d’être passé en si peu de temps de quasi-leader naturel de la droite, premier ministre sortant, l’un des recordmen de longévité à Matignon sous la Vème république... à cet outsider esseulé, dont la cote au PMU ne séduirait pas un turfiste amateur de causes désespérées.

Pourtant, l’ancien séguiniste n'est pas inquiet. Il connaît la versatilité des époques politiques, et sait, depuis l’élection de Jacques Chirac en 1995, que les "tocards" du champ de course, deux ans avant l’épreuve, finissent parfois par l’emporter.

Méthodique, discret, ironique et économe de son mépris, François Fillon trace sa route, enchaine les réunions publiques dans les petites salles, sans demander grand-chose à grand-monde. L’ancien premier ministre a compris qu’il devait désormais jouer solo, loin des coteries, s’imposer par les idées au moment où l’on peaufine la com’, où l’on ripoline la devanture de l’UMP…

Ses idées, parlons-en :

Les plus ultra-libéraux feuillettent sans doute le programme de François Fillon sous leur couette, et il y a de quoi les contenter : suppression de la durée légale du travail, allongement des durées de cotisations, et suppression de l’impôt sur la fortune. L’ancien locataire de Matignon est persuadé que le discours centré sur les angoisses identitaires n’est pas la clé pour gagner la primaire de 2016.

A l’été 2007, n’est-ce pas lui qui décrivit un "Etat en faillite" (alors qu’il le co-dirigeait) ? L’expression a marqué ; on ne sait d’ailleurs pas si elle empruntait davantage au "parler vrai" de Michel Rocard, qu'aux gaffes de communication répétées de François Rebsamen, mais enfin c’est un fait : François Fillon ose. Jusqu’à susciter parfois des questions au sein meme de son carré de fidèle.

La stratégie de communication de l’ancien premier ministre interroge . Le Sarthois, fan des voitures de courses rutilantes, a toujours considéré que l’expression médiatique était d’autant plus audible qu’elle était discrète. Une rareté médiatique façon Mitterrand conseillé par Jacques Pilhan , qui s’apparente, à l’époque des tweets et de l’info continue, à un péché d’orgueil. Le sourcilleux François Fillon est certes l’antithèse du bon client médiatique… Mais cet austère qui ne se marre pas est sans doute en train d’évoluer. Il a participé dimanche à la très bobo émission du Supplément sur Canal . Il était aussi apparu en pilote dans l’émission automobile Top Gear sur M6 ; ce qui n’a pas suscité que des commentaires louangeurs mais on sait depuis Balzac et les Illusions perdues qu’il vaut mieux une mauvaise presse que pas de presse du tout.

Ne pas se fier à sa mine maussade . En ce moment, François Fillon consulte, écoute, rencontre des acteurs du numérique - un secteur sur lequel il est beaucoup plus à l’aise que bien des politiques de sa génération. Fillon fut d’ailleurs le seul membre du gouvernement à avoir un compte Twitter sous pseudonyme , d’où il pouvait observer ce qui se disait sur le réseau social, sans être vu.

François Fillon, c’est Droopy croisé avec l’Inspecteur gadget un zeste du pessimisme à toute épreuve à la Raymond Barre, qui, au moment de s’engager dans la course à la présidentielle, lançait: « quand le moment est venu, l’heure est arrivée ». François Fillon regarde encore sa montre.

Frédéric Says

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