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Sivens, Jouyet, la morale et la parole

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"Moi, je n’ai jamais eu de sang sur les mains". C'est une phrase terrible de Nicolas Sarkozy que rapportent nos confrères Nathalie Schuck et Frédéric Gershel dans leur dernier livre consacré aux confidences de l'ancien président. "Moi, je n’ai jamais eu de sang sur les mains" des propos tenus avant la mort de Rémi Fraisse, avant le premier mort lors d'une manifestation depuis Malik Oussekine il y a 28 ans.

Vous l'avez entendu jeudi matin sur France Culture la plupart des députés socialistes ne veulent pas s'exprimer sur la question, quelques uns s'en irritent, une poignée (à gauche du PS où chez les Verts) parlent de bavure, de désastre moral, d'une affaire d'Etat. Tous révèlent un malaise au sein de la majorité après les révélations du Monde et de Mediapart sur les circonstances de la mort de Rémy Fraisse. D'après nos confrères, les gendarmes ont su immédiatement comment le jeune homme a perdu la vie à cause d'une grenade mais pendant plus de 48 heures le gouvernement n'en a pas fait état.

L'on peut aussi s'interroger sur ce mini-couac hier : une semaine après que François Hollande a promis de ne plus augmenter les impôts à partir de 2015, le secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert dit que cela n'est pas gravé dans le marbre.

Qui a dit quoi ? Qui savait ? Qui a menti ? Qui a démenti ? Les mêmes questions reviennent en boucle à propos de ce déjeuner Jouyet-Fillon. Les deux évènements sont incomparables avec d'un côté la mort d'un homme et de l'autre un vaudeville à portes qui claquent, mais dans les deux cas un même malaise. François Hollande et la gauche, élus comme en miroir à Nicolas Sarkozy, peuvent-ils encore invoquer une juste parole et une morale de gouvernement ?

Aujourd'hui, l’on n'est plus sûr de rien. On s'interroge, sur les faits et surtout sur la valeur de la parole donnée. Bernard Cazeneuve n'a-t-il pas assez parlé ou parlé trop tard ? Jean-Pierre Jouyet a-t-il parlé à tort et à travers, a-t-il trop parlé ?

Le discours et l'éloquence ont toujours été une arme en politique... Le silence aussi. Le juste dosage entre les deux et le juste moment pour les pratiquer sont devenus la clé d'une bonne communication politique.

Pendant sa campagne, François Hollande avait promis que ses proches conseillers ne parleraient plus publiquement mais Jean-Pierre Jouyet s'est empêtré dans un semi-off, à l'inverse, Bernard Cazeneuve rattrapé par les révélations de la presse a fini par reprendre la main en sur-communiquant et sur ce coup il semble avoir trouvé la juste parole : plutôt que s'empêtrer sur "qui savait et qui ne savait pas" il annonce l'interdiction des grenades offensives.

Car c'est une autre constante : dans le cirque médiatico-politique contemporain, une parole en chasse vite une autre.

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