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Syriza ou le rêve impossible de l'extrème gauche française, par Stephane Robert

2 min

Alors que Jean Luc mélenchon et le secrétaire national du Parti Communiste, Pierre Laurent, vont être reçus, ce matin, par François Hollande, à l'Elysée (l'idée étant de les convaincre de tenter de faire pression sur Alexis Tsipras pour l'amener à être plus conciliant), la gauche radicale en France se pose encore et toujours cette même et lancinante question : "mais pourquoi diable n'arrive-t-elle pas à fédérer un grand nombre de français autour d'un mouvement de gauche anti-austérité comme en Grèce ou en Espagne ?"

A celà, plusieurs éléments de réponse ont été, ça et là, apportés par les observateurs et politologues qui se sont penchés sur le phénomène...

Alexis Tsipras après la victoire de Syriza, ce dimanche
Alexis Tsipras après la victoire de Syriza, ce dimanche Crédits : Marko Djurica - Reuters

Une première réponse, économique, consiste à dire que, contrairement à la Grèce et l'Espagne, la France n'a pas connu de véritable austérité. Pas de chômage à 25%. Pas de baisse drastique des salaires et des pensions de retraite. Bref, que le système de protection social a joué un rôle d'amortisseur à la crise, adoucissant par là même, chez beaucoup de français, l'envie irrépressible de renverser la table.

Une autre réponse tient dans ce constat que l'extrème gauche française est extrèmement divisée. Eparpillée façon puzzle sur la petite partie qu'elle occupe de l'échiquier politique. Le Parti de Gauche de Mélenchon n'arrive pas à se mettre d'accord avec le Parti Communiste. Pas d'accord non plus avec le Nouveau Parti Anti-Capitaliste. Pas plus qu'il n'a trouvé de convergence avec l'aile gauche d'Europe Ecologie les Verts emmenée par Cécile Duflot. Ou encore avec les frondeurs du Parti Socialiste qui répètent au fil des mois que si la ligne actuelle suivie par le PS est inadmissible, il n'est pas question de quitter le parti pour autant.

Autre élément de réponse avancé, il y aurait aussi le fait que le Front National occupe déjà la place en tant que facteur de cristallisation des mécontentements. Et c'est peut être bien là qu'il faut se pencher plus avant pour trouver une explication structurante au phénomène.

Comment se fait-il que ce soit l'extrème droite, en France, qui agrège la contestation d'une grande partie des classes populaires ?

Eh bien sans doute parce que c'est le seul parti aujourd'hui qui conserve un discours et un caractère hors du système et anti-système, malgré l'entreprise de dédiabolisation initié par Marine Le Pen. C'est le seul parti à poser la question du fonctionnement démocratique, en l'occurence peu démocratique, des institutions européennes. Question que pose aussi Syriza en Grèce. Et c'est d'ailleurs pour ça que le FN a partiellement apporté son soutien à l'action engagée par Alexis Tsipras.

En France, la gauche radicale ne porte pas ce questionnement et n'apparait pas comme un mouvement de contestation du système en place. Pourquoi ? eh bien parce qu'elle représentait un courant puissant avec le Parti Communiste il y a une cinquantaine d'années. Et qu'elle a participé à la conquête du pouvoir par la gauche, initiée lors du congrès d'Epinay en 1971 et du programme commun en 1972. Et le message aujourd'hui de l'extrème gauche et de la gauche radicale est essentiellement porté par des élus, par des gens intégrés au système, qui à l'image des frondeurs ou des élus communistes, sont des apparatchiks, des gens qui ont eu leur chance, et dont le discours qui promet "des lendemains qui chantent" ne porte plus.

Un Mélenchon, par exemple, a déjà été ministre, tandis qu'un Tsipras n'avait jusqu'ici jamais exercé de responsabilité. Bref, l'un parle d'en haut, tandis que l'autre a surgi du bas...

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