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Terrorisme islamiste : mondialisation contre mondialisation

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"Qu'avons-nous raté ?" s'interroge la députée et numéro 2 de l'UMP Nathalie Kosciusko-Morizet dans le Journal du dimanche.

Bien sûr, il n'y a pas une seule explication et donc pas une seule réponse mais rappelons que dans les zones urbaines sensibles, le taux de chômage moyen est de 24% et celui des jeunes de 45%.

Bien entendu, il ne s'agit pas de dire "c'est la faute à la société" ou de trouver la moindre excuse aux assassins mais ce chômage endémique n'a pas qu'une dimension sociale, il en a une aussi sociétale que pointe le géographe Christophe Guiluy dans son dernier ouvrage : très souvent, les jeunes salariés qui vivent en banlieue sont les petites mains de la mondialisation libérale qui bénéficie aux grandes ville-centre et aux métropoles : vendeurs de téléphones portables, bagagistes d'aéroport, conseillers en ligne pour des fournisseurs d'accès, serveurs dans des restaurants ou dans des hôtels standardisés.

Mais alors qu'Emmanuel Macron attend des jeunes de France qu'ils veuillent devenir millionnaires, ces ouvriers de la mondialisation libérale n'en voient pas les effets miraculeux. Mal payés, mal considérés, travailleurs du soir ou du dimanche, ils sont trop souvent les cocus de la mondialisation et le contre-exemple brandi par quelques gourous pour endoctriner d'autres jeunes en leur proposant une autre mondialisation.

Car le Jihad global est aussi comme le rappelle Gilles Kepel, le produit de la globalisation grâce aux paraboles, réseaux internet et à l'avion low-cost, le tout mâtiné d'un islam rudimentaire... Aculturés et déculturés, les apprentis-sorciers agissent cagoulés mais sont avides de célébrité facon télé réalité, BFM TV, facebook, You Tube.

Sous-proletariat de la mondialisation capitaliste ou sous-proletariat du terrorisme islamiste, il existe une voie médiane que les gouvernants, les institutions républicaines, les entreprises et les média doivent tracer.

Selon les autorités françaises, les djihadistes radicalisés seraient environ 3.000 en France et les jeunes qui veulent vivre pacifiquement sont des millions, sauf que leurs difficultés demeurent le meilleur argument de recrutement pour quelques manipulateurs.

La semaine dernière dans Mediapart, l'islamologue Olivier Roy rappelait que chaque génération a trouvé son vecteur pour diriger sa violence, la révolution et Action Directe dans les années 70-80 puis le jihad depuis les années 90.

Dimanche, dans un reportage du JDD, une mère de famille de Tourcoing qui se souvenait de ce coup de gueule mémorable poussé à la télévision : "la jeunesse se désespère, elle n'a plus d'appuis, elle le croit plus en la politique française. Le désespoir est mobilisateur, et lorsqu'il devient mobilisateur il devient dangereux. Les jeunes vont finir par basculer du mauvais côté."

Coup de gueule de Daniel Balavoine à François Mitterrand le 19 mars 1980... Qui, 35 ans après, permet de répondre en partie à cette question de NKM : "qu'avons nous raté ?"

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