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Coup de tabac sur le Sénat

3 min

Je vous rassure tout de suite, aucune tempête ne s'est abattue, hier après midi, sur le Palais du Luxembourg. Pas de violentes bourrasques qui se seraient engouffrées dans l'hémicycle...

Jean Gabin dans le film "Le Président" d'Henri Verneuil
Jean Gabin dans le film "Le Président" d'Henri Verneuil

Et quand bien même ce serait arrivé, nous n'aurions pas eu de mort, ou de blessé, à déplorer. Tout au plus quelques mèches de cheveux grisonnants qu'il aurait fallu recoiffer. Car ils sont solides nos sénateurs, comme de vieux chênes profondément enracinés...Quoiqu'il en soit, pas d'ouragan, donc. Mais quand même, quand même, une légère brise qui a soufflé sur les travées. Un zéphyr ! Qui avait ceci de violent, de puissant, je dirais même d'irrésistible, qu'il exhalait un fort parfum de nicotine...Eh oui. Figurez-vous que nos sénateurs, hier, ont rejetté, à une très large majorité, le "paquet de cigarettes neutre". Le paquet sans marque, sans logo, avec juste des cigarettes à l'intérieur, et qui ne permettrait plus de savoir si c'est le cowboy ou le chameau qui est le plus fort des deux...228 voix contre l'amendement qui prévoyait la création de ce paquet neutre. 16 voix pour... C'est surtout la droite qui a voté contre. Les sénateurs socialistes et communistes se sont prudemment réfugiés dans un vote d'abstention. Bah oui. Il ne fallait pas donner l'impression de s'opposer à un texte du projet de loi de santé porté par la ministre socialiste de la santé, Marisol Tourraine...Alors ça veut dire quoi ? Ca signifie que le lobby du tabac a remporté une première bataille.Pas la guerre, puisque ce texte doit maintenant retourner à l'Assemblée, devant les députés.Mais ce qui frappe, c'est l'ampleur de cette première victoire. C'est là qu'est l'ouragan, c'est là qu'est la tempête!. Une tempête de fumée de cigarettes a soufflé hier dans l'hémicycle de la rue de Vaugirard.Seuls 16 sénateurs ont voté pour ce paquet neutre. 16 "petits" sénateurs, la plupart écolos, ne se sont PAS perdus dans le brouillard...Alors on sait que le lobby du tabac est sur le pont depuis des mois.Qu'il excite les buralistes dans les campagnes. Qu'il finance et fournit des études pour montrer que le paquet neutre n'a aucun effet sur une quelconque diminution de la consommation de cigarettes au sein des populations. Qu'il invite les parlementaires à dejeuner, ou à dîner, pour en parler : "Enfin voyons monsieur le sénateur. Qu'est-ce que ça va changer?!!!... Et puis vous voulez mettre les buralistes au chômage ? Vous voulez qu'ils ferment boutiques ? Dans vos campagnes ? Mais qu'est-ce qu'il va rester ?..." Et ça marche ! Beaucoup de sénateurs se laissent acheter...Par ces beaux discours, bien entendu ! Pour le reste, je ne m'avancerai pas, ça reste à prouver...Mais on peut quand même s'interroger à la lecture de cet article paru hier dans le "Canard Enchainé". Article qui s'intitule "La relève est assurée" et qui est publié en première page.Le Canard y compulse différentes informations qui ont récemment traversé l'actualité et qui concerne plusieurs parlementaires.Rachida Dati, fidèle soutien de l'industrie gazière, et soupçonnée d'avoir signé un contrat de conseil, en tant qu'avocate, avec Gaz de France...Valérie Pécresse, ancienne co-présidente d'une association qui incite les collectivités locales à acheter tout un tas de choses, notamment des tramways, et qui est financée, en partie, par Alstom, fabricant de tramways, dont l'un des dirigeants n'est autre que son mari...On y apprend encore que le député des Hauts de Seine, Thierry Solère, soutien de Bruno Le Maire et chargé par Nicolas Sarkozy d'organiser la primaire de "Les Républicains", est employé par une entreprise de traitement des déchets, Chimirec, à hauteur de 12 000 euros brut par mois. Et qu'il a cosigné, en 2013, un amendement pour exonérer ce type d'entreprises d'une taxe sur les déchets industriels. Interrogé dans l'émission de télévision "Pièces à conviction", il essaie de s'expliquer : "je veille à éviter les conflits d'intérêt, dit-il, mais je suis un humain comme les autres"...Vous savez à quoi ça me fait penser ? Aà ce film d'Henri Verneuil sorti en 1961, "Le Président", avec Jean Gabin. Dans ce film, Gabin, qui campe un président du Conseil (on était sous la 4ème), énumère devant les députés par qui chacun est employé. Et il a cette phrase terrible : ceci est "une Assemblée où les partis ne sont plus que des syndicats d'intérêt"...Alors, loin de moi l'idée de verser dans le "Tous Pourris". Ca n'est pas vrai. Il y a de nombreux responsables politiques qui essaient d'exercer correctement la fonction pour laquelle ils sont payés.Mais certains seraient avisés de regarder, ou de re-regarder ce film d'Henri Verneuil, "Le Président" sorti il y a 54 ans. Ils y verraient peut-être, chez certains députés qui font face à Jean Gabin, comme un air de famille...

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