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Derrière l'union, la division

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Ce vendredi 27 novembre 2015, deux semaines après les attentats terroristes, s'annonce être une journée d'unité nationale. De communion, en hommage à toutes les victimes, dans une ferveur patriotique que certains disent aujourd'hui retrouvée alors que beaucoup l'imaginait engloutie dans les limbes de l'histoire...

Rue Thubaneau : La Marseillaise
Rue Thubaneau : La Marseillaise Crédits : Radio France

L'historien Jean Garrigues, dans le journal Le Parisien, ce matin, y voit "effectivement des éléments qui vont dans le sens d'un renouveau patriotique". Tout comme l'historien Pierre Nora, que nous recevrons, tout à l'heure, à 7h40, sur France Culture. Lui explique, dans les colonnes du Figaro, que (toutes proportions gardées) ces assassinats, comme en janvier dernier, ont provoqué le réveil d'un sentiment qu'on ne peut qu'appeler "patriotique"...Il y a donc, et c'est incontestable, une étincelle, une petite flamme qui s'est allumée. Autour du sentiment d'appartenir à une même communauté, qu'on peut appeler "France" ou "nation". Communauté qui s'est sentie attaquée dans ses fondamentaux par les terroristes. Et qui du coup, face à un ennemi à peu près clairement identifié, se sent le besoin de faire corps, d'exprimer une certain forme d'unité...François Hollande, en tant que chef de l'Etat, a bien senti ce petit réveil des consciences autour de l'idée de nation. C'est d'ailleurs tout le sens de la posture de chef de guerre qu'il a adoptée dès le lendemain des évènements. De son activisme, au niveau international, pour tenter de construire une grande coalition contre Daesh. Et de cet hommage national qu'il organise aujourd'hui, aux Invalides, avec cet appel à tous les français de mettre en pavois le drapeau à leurs fenêtres...La plupart de nos responsables politiques ont, eux aussi, compris qu'il y avait là quelque chose de l'ordre du sacré et qu'ils devaient participer à cette grande communion. Alain Juppé, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, Claude Bartolone, Gérard Larcher, Jean Pierre Raffarin, et même Marine Le Pen seront présents, tout à l'heure, à la cérémonie...Pour autant, nous dit encore Pierre Nora, ce matin, dans le Figaro, "je crains qu'il ne s'agisse que d'un moment intense et bref où l'on se serre les coudes et où l'on communie dans l'illusion lyrique d'une unité enfin retrouvée"...Je crois qu'il a raison...Car sur le plan politique, l'unité est de façade...On l'a vu dès le lendemain des attentats. Avec Nicolas Sarkozy qui a cru pouvoir prendre au piège François Hollande en réclamant des inflexions majeures en terme de sécurité. Et puis trois jours plus tard, à l'Assemblée nationale, il a organisé la contestation des députés qui a tourné au pugilat verbal...D'ailleurs la droite dans son ensemble refuse de se laisser enfermer dans cette unité nationale qu'on voudrait lui imposer. Et si elle acquiesce au tournant sécuritaire emprunté par le président, elle fait valoir qu'on aurait pu le faire "beaucoup plus tôt"...Quant au Front National, il fait dans la surenchère en estimant que la réponse de François Hollande est très insuffisante par rapport à ce qu'il faudrait faire...Alors bien sûr, on peut considérer qu'on est en campagne électorale. Il y a des élections et il faut bien se démarquer pour exister. Mais ça n'est pas si simple. Ca n'est sans doute pas la principale explication...La principale explication est, plus vraisemblablement, que la France, malgré un réel besoin de communion après les attaques, malgré le sentiment qu'il faut se serrer les coudes, reste un pays profondément divisé... Et que nos responsables politiques le savent, qu'ils le sentent...Il n'est qu'à voir un certain nombre de réactions, hier soir, sur les réseaux sociaux, après l'annonce d'une nouvelle hausse du chômage au mois d'octobre. "Et si on décrétait l'Etat d'urgence économique ?" pouvait-on lire... Même chose à la Une de vos journaux, ce matin. C'est bien l'hommage national qui fait les gros titres du Figaro, de Libération et du Parisien. Mais le journal "La Croix", lui, demande "Justice pour la terre" en vue de la COP 21. L'Humanité, pour sa part, réclame "l'Etat d'urgence climatique"...Alors le président peut bien déclarer qu'on est en guerre et tenter de surfer sur le sentiment patriotique. Tout le monde, manifestement, n'est pas prêt à ne livrer qu'un seul combat...

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