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François Hollande se jospinise-t-il ? - par Frédéric Says

2 min

Il y a parfois en politique des images qui donnent une impression de déjà vu. Quand François Hollande est interpellé par un représentant CGT des chantiers navals à Saint-Nazaire, comment ne pas penser à Lionel Jospin, premier ministre gêné et déconfit face à un employé de Danone, en 2002.

François Hollande, face à un délégué CGT de STX, le 15 octobre 2015.
François Hollande, face à un délégué CGT de STX, le 15 octobre 2015. Crédits : Thierry Creux

De ces face-à-face, il était resté une phrase qui poursuivra longtemps Lionel Jospin : "l’Etat ne peut pas tout". Hier face au syndicaliste qui refuse de lui serrer la main, François Hollande n’a pu faire mieux que d’appeler au dialogue et à la condamnation des violences : deux images d’une gauche qui bredouille face à ceux qu’elle prétend servir.

Plus l’on y pense, plus le parallèle est frappant. François Hollande, comme Lionel Jospin avant lui, a tout misé sur la baisse du chômage. Condition pourtant insuffisante pour gagner dans les urnes : Jospin - et son million de chômeurs en moins - avaient payé pour le savoir. Même ressemblance avec ces baisses d’impôts sur le revenu, décidées à deux ans de la présidentielle. Ce fut Fabius en l’an 2000, c’est aujourd’hui Sapin.

Baisse des déficits, des impôts, politique de l’offre, et défense acharnée de la construction européenne, comme François Hollande l’a monté la semaine dernière face à Marine Le Pen... tout cela ressemblerait fort au programme de François Bayrou, s’il n’y avait eu le mariage pour tous, comme il y a eu le PACS, sous Jospin, un symbolique mais bien maigre marqueur de gauche.Alors certes, François Hollande n’a jamais joué au matamore révolutionnaire, au héros de la gauche de la gauche tout juste a-t-il revêtu ce cache-sexe, qu’était la taxe à 75%, vite imaginée pendant la campagne, vite abandonnée après.

Si ses prédécesseurs à l’Elysée avaient des lettres (Pompidou et la poésie, Mitterrand et l’Histoire, Chirac et les cultures lointaines), François Hollande, lui a des chiffres : ancien membre de la cour des comptes, il a fait des courbes et des taux les boussoles de son quinquennat, raison pour laquelle - et là encore, comme Jospin - il peine à mettre en récit, à placer dans une perspective historique son mandat, au-delà de la célébration un peu abstraite de la République et du vivre ensemble.

Ce cheminement vers le centrisme est aussi tactique. Dans une société qui se droitise, François Hollande se décale lui aussi : il fait le pari que Nicolas Sarkozy sera une nouvelle fois très à droite en 2017, et que sa chance à lui réside chez les électeurs modérés. Tout est en place pour une campagne à la Mitterrand version 1988, père de la Nation et du rassemblement, face aux clans, face aux bandes, face aux factions.

Et dans tout ça, que devient la gauche ? Là encore, l’on a du mal à ne pas penser au parallèle avec l’époque Jospin. A trop vouloir aller au centre, on sème le doute parmi ses propres troupes. Voici ce qu’en disait alors un jeune loup du Parti socialiste, un certain Arnaud Montebourg, juste avant l’élection présidentielle de 2002 :

Le programme de Jospin, c'est le programme de Bayrou en moins bien. (...) C'est pour ça que ma femme hésite entre Bayrou et Jospin. Je lui ai dit "vote Jospin, tu seras carrément à droite !". C'est honteux, cette campagne.
Extrait du documentaire « Vivement la VIème République », d’Olivier Etcheverry. La différence entre les deux époques, c’est la jurisprudence du 21 avril, qui s'est depuis muée en tripartisme. François Hollande espère que cette nouvelle donne contraindra la gauche à se rassembler derrière lui. Ses proches espèrent juste qu’il n’aura pas à reprendre la sentence jospinienne de 2002 : « j’ai pêché par naïveté ».

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